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Full text of "Soins faciles pour la propreté de la bouche et pour la conservation des dents"

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POUR LA CONSERVATION 


Par Mr. BOURDETy Chiturgien-jbefir- 
tijie de la Reine. 





M ^ ^ ^ ' 

^ X X X 9 

AVERTISSEMENT. 


O N a tout dit far le Chapitre des 
Dents 5 confidere'es ffoit comme 
un ornement naturel infef arable de la 
heaute'-, foit comme- le -premier injîru~‘ 
ment de notre fahjljîance •, mais peut-- 
^^072 trop reveiller Vattention des hom72ies 
fur un de leurs plus précieux avallia¬ 
ges ciui ?Jl le plus négligé' de tous ? 

La plüpart des agre'mens du vif a-. 
ge font arbitraires â bien des e'gards» 
Une petite bouche n'ejî pas toujours 
fure de plaire j elle fera fouvenî de'- 
pourvue des grâces qui de'dommagent 
une grande boiiche. On voit de 
grands yeux inanime's , fans effet, 
ceder à de petits yeux pleins (fex- 
A Z 



4 A VERTISSExMENT. 
prejfion.'' Le nez le mieux faii tou¬ 
che Souvent moins qtiun nez un peu 
irrégulier qui donne un air piquant 
ou de caraàere que les Lorgneurs e'~ 
legans fçave72t apprécier. Enfi77'le 
nez , les yeux , la bouche peuvent 
embellir ou déparer fous une hnfinité 
de formes. * Les Dents,, les Dents 
feules 5 72ulleme72t Sujettes à tincoi 2 f- 
ta72ce ou à la diverfité de nos goûts, 
aux opmioJ 2 s des tems des lieux, 
72'Of2t quune mode pour être bie^i , 
qu une mcü 2 iere (f être. Il faut qu el¬ 

les Soient blanches , complettlts , bien 
rangées ; ^ tout cela dépend en par¬ 
tie de nous-mêmes. 

Les hommes , à peine d'être ridi¬ 
cules , ne préte72de72î pomt aux agré- 
mens qui fo72t refervés aux femmes. 
Mais ils partage72t àu moins avec el¬ 
les îava72tage de cet or72ement 72écef- 
faire ; il 72e leur efl pas même per7nis 
d'y renoncer 672 aucime faf072. En ef- 


AVERTISS^EMENT. 5 
feî la heauté des Dents rj'ejî point 
affaire de_ coquetterie , ou une beau" 
te' ^ opinion accrédite'e par Venvie de 
plaire. La nature , qui entend^ bien 
mieux qii aucun art le bel effet des 
oppofitions', a pas ne'glige' ce mo¬ 
yen pour les embellir. Cette blancheur 
labiée , qui fait leur principal agré¬ 
ment 5 ne tire point feulement fon 
lujlre de T émail éclatant quilles cou¬ 
vre^ mais encore de tout ce qui les 
environne. Ces gencives , couleur de 
rofe^ dans lefquelles efi enchaffé ty- 
voire des Dents , ^ le vermillon des 
levres qui bordent la bouche , contri¬ 
buent beaucoup à rendre cette blan¬ 
cheur ejicore plus piquante. Mais tout 
ceci n efl qii extérieur. 

Qiiel prix n attacher oit-on pas à 
un fimple ornement de îart qui pou- 
roit-être en même tems un infini¬ 
ment de la fanté t Cejl-là précifé- 
A 3 


^ AVERTISSEMENT. 
ment Taîtrihut 'des Dents, Tout le 
monde en ejî convaincu i tous les 
Dentijies occupes de la confervation 
de cet utile 'ornement-) tinculquent 
fans çejfe, ^ laplûpart des hommes 
femhlenî T oublier. Il ne faut pour-' 
tant que la plus legere attention-) pour 
reconnoître que les Dents, charge'es 
dhme des principales foîtblions de fœ- 
conomie animale-, font ahfolument 
ne'ceffaires à foj 2 entretien. Ce font 
les outils qui difpofent les alimens fo¬ 
ndes à pajfer dans les organes de la 
digejîion j elles font par confe'quent 
tm des plus importans moyens de no¬ 
tre ftihfijlance * car fans trituration 
point de digeflion , ou digejlion pe'ni- 
bte-) imparfaite, caufe de toutes les 
maladies qui proviennent de crudi¬ 
té's 5 ou de la part des alimens. Du 
mauvais e'tat ou de Tahfence des 
Dents-, s""enfuit tôt ou tard Vaffoi- 
hlijfernent de ïejlomach, qui recevant 


AVERTISSEMENT. 7 

les alimens mal hroye's ^ ejl obligé de 
réunir toutesfes forces, d'employer tou¬ 
te la contention defes mufcles,pourfup- 
pléer à la trituration *; il iife par confé- 
quent fes refforts, fe relache,s' affaiffef^ 
bientôt refufe une partie de fes fervices. 

Ces principes expofés cent fois, ^ 
répétés par tous ceux qui ont écrit 
fur les Dents, touchent foiblemenf 
Ici pMpart des hommes , qui ne voy-^ 
ent quun rapport éloigné- entré les 
Dents ^ îeflomach. On ne s'ap- 
perçoit dü hefoin que teflomach a des 
Dents-, que'quand celles-ci viennent 
à nous manquer j on 77 imagine rie7i 
au-delà des douleurs aBuelles qu elles 
caufc77î, lorfqu elles font gâtées-, il 
faut qu elles fe rendent fenfibles par 
des maux très-vifs, pour itous aver¬ 
tir de reparer 770îre i^egligence, ^ 
alors on tihêfite pomt à racheter fon 
repos par le facrifice des Dents qui 
trouble77î 770tre fécurité. 



8 AVERTISSEMENT. 

La difformité que produit vifible- 
ment leur abjence^ ejl aujourd’hui 
prefque la feule chofe qui nous les faffe 
regretter-y ^ encore ferefouî-on trop 
facilement à fouffrir cette difformite\ 
fa72s penfer aux inconvéniens quelle 
entraine ; ou fi ton fait reparer des 
pertès que ton auroit pû s''épargner 9 
•c ejl ordinairement le plus tard qu on 
peut-, c efi-d-'dire-, lorfqu une partie du 
mal que h defaut de Dents rend inévi¬ 
table efi déjà fait-, êff quelquefois 
fans reffource. Mais tant qu on ne 
voudra point comprendre que- la vz- 
gueur de tefiomach, qui foatient 
toute la machine, dépend en partie 
beaucoup des inftrumens de la tri-' 
turation , au moins t intérêt dun a- 
vantage extérieur dont tant dautres 
font dépendans , quoique fubordonné 
à celui de tefiomach, qui efi le plus 
êjfentiel, doit-il nous rendre plus 
attentifsàlacotifervation de twsDents, 



AVERTISSEMENT. p 

Je n ai pas befoin de faire ohfer^ 
ver que la nature ne fepare point 
futilité'de î agrément ; que cet ordre 
exaBement obferve da?2S tous fes ou¬ 
vrages , ejl principalement fenjlble 
che-z.~nous i que la beauté meme en 
général nefi que la fleur de la faute', 
qiiil n'y d point de belles Dents 
qui , pour remplir toute leur dejîina- 
tion 5 ne doivent de'abord être faines. 
La plus belle bouche dégarnie de Dents 
perd bientôt fes grâces i les joues que 
ces petits os foutiennent, s'affaijfent 
^ fe creufent J les levres nom plus 
leur relief ni leur confijlence ; le 
menton fe fdlone, fe ride , ^ tous 
les traits fofjt altérés. La voix 
tarde pas à fe reffentir de. la ruine 
des Dents ; la prononciation qui ejî 
en partie leur ouvrage, denuée de 
ce rempart naturel qui modifie ^ 
qui repercute le fon , pour le faire 
A 5 



lo AVERTISSEMENT. 

fortir^lus net , maintenant ahforbe'e 
•par î air , eji faiijfe , aigre ^ defa- 
gréable ; ^ comme les Dents fer- 
vent auffi de. digue pour retenir la 
falive toujours prête à s'e'chaper en 
parlant, leur vuide produit encore 
des defagre'mens ^u on pardonne à 
peine à la vieillejfe. 

La propreté'des Dents à bien dêau¬ 
tres avantages que ceux d'en faire 
remarquer la blancheur , ^ de con- 
ferver thaleine douce , la bouche 
fraîche j ^ les gencives faines. Quand 
lafolive que Ton avale continuellement 
efi fale , ce recre'ment peut porter 
dans le fang toutes fes falete's, ce qui 
doit produire plufteurs incommodite'sy 
quelquefois meme des maladies dont 
on va chercher bien loin la caufe. 
Certaines maladies des gencives peu¬ 
vent caufer le même defordre. La 
matière purulente qui. en fort , ou le 
moindre fentiment malpropre j ainfi^ 


AVERTISSEMENT. ii 
que\le limon gliitmeux qui s'attache 
awsi Dents ^ fur la langue , quand 
.il fe trouve vicie'pajfe dans le 
fang ^ le falit â-foup-fitr. Queliiay 
Médecin ordinaire du Roi, dajjs fon 
eiccellent Traité de /’Œconomie-A- 
iiimale 5 dit que toutes les maladies 
proviennent de la falijfure du fang. 
Or dès qLi on a la bouche mal-propre, 
la falive que Von avale , celle qui 
détrempe les alimens, ^ .toutes les 
faletés différentes que ces mêmes ali- 
mens expriment des gencives ou em¬ 
portent dans la majiication, forment 
enfemble un chile imparfait ^ très- 
fale 5 qui a bientôt altéré le fang, , 
La mauvaife' qualité des Dents 
iVentre pour rien dans les reproches 
que méritetjt ceux qui les négligent. 
On nait avec des Dents fragiles ^ 
caduques , comme avec un eflomach 
foible 3 avec une conflitution caca* 
A 6 


12 AVERTISSEMENT. 
chyme. Cet état à la vérité' exige 
encore plus de joins ; ^ s''ils n em¬ 
pêchent pas toujours la ruine des 
Dents, ils fervent au moins à T e'- 
loigner. Mais je parle ici principa¬ 
lement pour ceux quUpourvûs de très- 
hoimes Dents, en ne'gligent les avan¬ 
tages extérieurs ^ les. avantages So¬ 
lides. On a fait autrefois la, fahle de 
tejlomach ^ des membres :fi tonfai- 
foit aujourd'hui celle de Teftomach ^ 
des Dents, ô coÿnbîen les torts de celles- 
ci fournir oient de griefs â reflomachi 
Vart heureufement ejl venu chez, 
nous au fecours de la nature , ce qui 
diminue les inconvéniens dune perte 
înefhimable, ^ quon ne peut trop 
regretter. Les Dents poftiches , in¬ 
vention moderne dont Ve'poque me 
paroit ignorée, Suppléent prefque en 
tous points aiix~ Dents naturelles. Il 
ejl bien étonnant fans doute que ceux 
quf Qnt_ recueilli avec tant de foin 


AVERTISSEMENT. 13 
les decouvertes des Modertjes 5 pour 
les oppofer aux anciennes ,. ri ayent 
jamais parlé d‘‘un art important dont 
on ne trouve aucunes traces dans Vin- 
dujlrieufe Antiquité. Je .fnis par 
cette réjlexiojt , ^ f expofe en deux 
mots le Plan de ce petit Ouvrage. 

Toutes mes vues ici fereduifent 0 

1 °. A l'attetition que chacun , en 
plein état de famé y doit avoir pour 
conf ?rver f fs Dents propres , parceque 
de leur propreté dépend prefque tou-* 
jours leur durée. 

2 ,°. Aux moyens de prévenir les 
accidens ordinaires qui les altèrent 
extérieureipent , ou intér\^irement. 

3 °. Aux foins qu'exigent les at¬ 
teintes que les Dents ont reçues , foit 
pour avoir été négligées , foit par les> 
divers accidens qui demandent l'œil 
^ la main du Dentifle. 

4 °. A quelques ohferOations fur 
les Dents artificielles. 



14 AVERTISSEMENT. 

. 5 °. Ades inJîni£lions très-utiles-) non 
feulement aux peres ^ meres^ mais en-* 
coreà tous ceux qui élevent des enfans. 
Voilà toute la matière de cet Ou¬ 
vrage-y extrait en partie des Recher¬ 
ches fur toutes les parties de fart 
du Dentille , que fai publiées tan-' 
~ne'e derniere. fai voulu faire un pe¬ 
tit Livre-, un Livre très-fuhjlancv* 
el-, qui fdt portatif, ^ que la com-* 
modite' du format pût faire lire à ceux 
qui o?Jt befom ^étre e'claires fur les 
intérêts, les plus fenjlbles , ^ qui 
dans tinflrutlion ne craignent rien 
tant que Vennui. 

Je joins_fci quelques notions ge- 
nefales, qu’on verra bmi n être pas 
mifes . dans le dejfein dêétaler une 
érudition fuperfiue ; mais que fai 
crû pouvoir être utiles, par la 
ceffite' d'injlruire ceux pour qui tout ejl 
peut-être nouveau dans cette matière. 

SOINS 


><>*<>4<>k> 4< ><!*<>)< >K:x>*<>*<«>K>*<'>K>t<>K>K'*<XM<X>« .*:!»; 


SOINS FACILES 


FOUR 

LA PROPRETE 

DE LA BOUCHE 


E r 

POUR LA CONSERVATION 

DES DENTS. 


Notions préliminaires, 

L e s Dents font les os les plus durs, 
mais les feuls qui foient à découvert, 
& par conféquent les plus délicats, les 
plus fujets à s’altei-er. Le corps entier 
de la Dent efl expofé à toutes les imprefo 
fions de l’air, k toutes celles des alimens, 
aux 



i5 Conservation 
aux efforts de la maftication, & fouvent 
à des efforts étrangers. C’eft à ces divers 
accideris que l’Auteur de la nature a voulu 
pourvoir, en couvrant les Dents d’un é- 
mail qui les défend d’une partie de leurs 
atteintes , 6c qui paroit inaltérable. Mais 
cet émail plus dur que le diamant, fans 
participer à fon incorruptibilité , s’ufe 
comme ce précieux foflile par le frotte- 
rftent inféparable de l’aélion des Dents. 
Il s’altere encore de plufieurs façons, ainll 
que par mille ingrédiens qui enleventfon 
éclat, fa blancheur, 6c quelquefois mê¬ 
me fa fubftance. 

Le corps des Dents , fous cet émail, 
efl fort fujet à fe gâter, à fe fraélurer, 
à s’ufer, à s’ébranler, ou à fe luxer. 

Les gencives font des parties glandu- 
leufes, qui avec les autres glandes de là 
bouche concourent à filtrer la fafive. 
Elles fervent encore à fertir 6c à confb- 
lider les Dents. De toutes les parties 
molles ou. charnues, elles font aufli les 
plus fujettes à differentes maladies. El¬ 
les s’affàiflènt, fe détruifent, fe confument, 
6c leurs glandes s’obftruent, tant par les 
difpofitions intérieures, que par notre pro¬ 
pre négligence , quelquefois même par 


D E s D E N T s. 17 

les remedes dont on fait ufage. Car les 
meilleurs, quand ils ne font pas appliqués 
à l’efpece de maladie pour laquelle ils 
conviennent uniquement, ou adminifirés 
à nropos, loin de produire aucun bon 
effè>,-4îe font qu’aggraver le mal. 

Les' àiveoles font les étuis où logent 
les racines d^s Dents j ils fervent par con- 
féquent à les kffermir fur leur bafe. Quand 
ils font détruits , la Dent n’a plus defoü- 
tien ; elle devient branlante, Ôc incapable 
de contribuer à la maflication. Ainfi la 
confervation des alvéolés n’eft pas moins 
importante que celle des gencives. Cet¬ 
te guaine offèufo en bien des perfonnes 
eft fort mince, ce qui fait que leurs Dents 
font foibles & ne peuvent faire certains 
efforts fans être bientôt ébranlées. Ces 
fortes de Dents exigent donc beaucoup 
de ménagement & de foin j lâ moindre né¬ 
gligence efl irréparable. _ Pour peu de 
tartre qu’il s’y amaffo, pour peu que les 
gencives fe gonflent, le fang par fon fé- 
jour fe corrompt, & il altéré non - feu¬ 
lement les gencives, mais encore l’alve- 
ole, qui fe confume ou fe détruit peu-à- 

, â 

La plupart de ceux*qui font dans le 
cas 



i8 Conservation 
cas de ces Dents, dont la bafe eft mal 
affûtée , difent tous les jours] qu’ils ne 
veulent point faire toucher à leurs Dents, 
parce qu’elles font trop maüvailés, où 
trop délicates , & qu’ils n’ofent pas y tou¬ 
cher eux-mêmes. Dans cette idée , on 
laiffe amaffer fur fes Dents du limon, du 
tartre, fans ofer jamais le faire enlever. 
Ainfi les gencives s’engorgent 6c fe gon¬ 
flent , fans qu’on penfe à donner une iffue 
au fong fuperflu. qu’elles contiennent. 

Une malheureufo expérience ne fait 
que trop voir l’illulion d’une pareille con¬ 
duite. Quiconque eft en pleine fanté, 
ne doit point faire de remedes, il doit 
feulement s’occuper à la cOnferver par 
un bon régime. Un malade au contrai¬ 
re ne peut appeller un trop prompt fo- 
cours; car s’il laiflè faire à fon mal de 
certains progrès , il ne retirera fouvent 
aucun fruit des meilleurs remedes. Ceci 
a fon application aux maladies des Dents 
& des gencives. 

On entend dire tous les jours, qu’il 
ne faut point tant toucher aux Dents , 
parceque cela les ébranle , les déchauflè, 
en ôte l’ém^l'; parce qu’on connoit plu- 
fieurs perfonnesqui ont perdu leurs Dents 
de 



D E s D E N T s. Ip 

de bonne heure, pour y avoir trop fait 
travailler , tandis qu’on en voit d’autres 
qui les ont très-belles ôc très-bonnes> 
quoiqu’elles n’y fafîènt prefque jamais 
rien. , 

Je répons que ceux qui ont perdu 
leurs Dents de bonne heure, avoient des 
Dents mal confiituées , ou de mauvaifes 
difpofitions qui en ont occafionné la perte. 
S’ils ont eu recours au Dentifte , ils l’ont 
fans doute appelle trop tard, ou quand 
tout ce qu’il étoit poffible de faire humai¬ 
nement «pour-eux , étoit d’en retarder la 
ruine. Lorfqu’on s’aBreflè à un bon Den- 
tifle , il n’y a rien à craindre des différen¬ 
tes opérations qu’il peut pratiquer fur les 
Dents; tout ce qu’il fera tend à leur con- 
fèrvation. 

Les Dents mal difpofées ou mal ran¬ 
gées ne fe trouvent pas placées au milieu 
du corps de la mâchoire, elles penchent 
en- dedans ou en dehors ; &c alors le con¬ 
tour ofïèux de la racine, d’ou dépend 
la folïdité de la Dent, eft bien plus foi- 
blejdu côté de fa pente; ainfî la Dent 
efl bien moips folide, que quand elle eft 
dans fa fituation naturelle. Or peut - on 
imaginer qu’une Dent bien remife en fà 
‘ place, 


20 Conse'rvation 
place, dans un âge propre à entrepren¬ 
dre une pareille opération, en foit plus 
foible ou moins fblide, lorfqu’au contraire 
il efl évident qu’elle acquiert ainfi plus 
de forçe, & une meilleure con-fiflence ? 
Il efl vrai que les premiers jours la Dent 
efl nécefîàirement ébranlée par la dilata¬ 
tion faite à l’alveole ; mais peu-à-peu 
toutes les parties qui l’environnent fe re¬ 
ferrent, de façon que le vuide qu’elle a 
laifTé du côté de fon ancienne pente fè 
trouve rempli , & que la partie ofTeufè 
fe fortifie en s’épaiflifïànt. • • 

Les Dents trop longues ont encore 
moins de force du côté des racines que 
les Dents courtes, & elles font aifement 
ébranlées. On ne peut donc leur redon¬ 
ner la folidité convenable qu’en les ra- 
courcilTant beaucoup avec la lime. Croi¬ 
ra - t’on que cette opération leur falTe du 
tort, quand l’expérience montre le con¬ 
traire 

Les Dents gâtées dans leurs interfaces 
périlTent, fi* l’on n’a foin d’emporter exa- 
élement avec la lime toute la partie, al¬ 
térée. Or cette opération np fçauroit fè 
faire dans la face de ces interflices, fans 
qu’on n’emporte non feulement l’émail , 
mais 


B E -s D E N T s. 21 

mais même une partie du corps de la 
Dent malade. Ce qu’on a retranché de 
cette Dent n’empêche pourtant point 
qu’elle ne dure encore plus que nous , 
éc elle ne périt jamais par là. Lés exem¬ 
ples en font fi communs, qu’il n’eft plus 
permis d’en douter^ 

Oh ne comprend point allez combien 
l’émail des Dents eft précieux. Cette 
admirable incruftation orne la bouche par 
fa feule blancheur j elle garantit la Dent 
de l’impreilion coiutinuelle de l’air, ôc 
par fa dureté c’eft encore la partie la plus 
propre à maudre ou à broyer les alimens. 
La Dent eft comme ferrée par l’émail j 
& lorfqu’il manque à l’extrémité du corps 
des molaires, ces' Dents s’ufent bientôt 
par leur frottement réciproque. 

Les Dents dépouillées d’émail. Ibnt 
jaunes & 'defagréabies ; mais il ne faut 
pas croire que ce Ibit en ôtant le tartre 
qui s’y attache qu’on peut le détruire. 
Il eft à l’épreuve du fer, ôc l’inftru-r 
ment n’y fçauroit mordre. II faudroit 
qu’un Dentifte (s’il en était d’aflèz mal 
intentionnée pour cela ) s’armât de patien¬ 
ce , pour le détruire. Six mois de tems 
ne fuffiroient pas en y travaillant une heure 
par 


Il 


Conservation 
par jour ; au lieu que l’on voit quantité 
de perfbnnes le détruire aifément elles- 
mêmes en très-peu de tems par certaines 
drogues, ou par les foins mal entendus 
qu’elles‘donnent à leurs Dents. 

Lorfqu’un Dentifte ne trouve rien fur les 
Dents, il n’y porte point le fer ; il fe con¬ 
tentera d’y paifer un peu de poudre , fi 
elles font ternies: ainfi c’efi: fort mal-à- 
propos qu’on redoute tant la main du 
Dentifle. Mais fi on ne peut furmonter 
de vaines frayeurs, il faut donc obferver 
ce que nous prefcrivons, pour n’Itre point 
obligé d’y avoir fi fouvent recours. 


C H A P LT R E 1 . 


Des caufes cjui gâtent les Denfs-, & des 
moyens de les prévenir. 

Q Uand on confidere la dureté des 
Dents, il femble que ces petits os 
üevroient être les moins fujets à s’alté¬ 
rer J cependant c’eft tout le- contraire, & 
la raifon en efl; évidente. Tous les au¬ 
tres os font généralement envelopés de 
par- 



DES Dents 25 
parties charnues ; & lorfqu’il en refte 
quelqu’un un peu de tems à découvert, 
il fe deflèçhe, ou fe carie promptement. 

L’émail dont les Dents font retrêtues 
ne fuffit point pour les garantir des im- 
preflions du froid &c du chaud. _Or ces 
imprejfïions congèlent, ou coagulent les 
liqueurs qui circulent dans les Dents ; 
elles y forment des dbftruélions qui les 
décompofènt, les modifient ou les mi-- 
nent peu-à-peu. D’ailleurs le tilïu de 
la Dent efl; bien plus ferré que celui des 
autres os; ainfrleurs vailTeaux étant bien 
plus à l’étroit, il s’y forme plus aifé- 
ment des embarras & des obftruélions , 
fur-tout quand quelque liqueur y eft 
portée trop froide, ou trop -chaude, ou 
quand les fibres offenfées s’afFaiifent par 
quelque effort ^ue ce fbit. 

Si les fucs que charient les vailïèaux 
dentaires font trop épais, ils s’arrêtent, 
& fe corrompant par leur fejouta ils 
affeétent bien plutôt la Dent; mais elle 
eft encore plus promptement gâtée, s’ils 
font eux - mêmes affeélés de quelque 
vice, ou fi la Dent même en s’organî- 
fant & en s’offifiant s’eft trouvée mal 
conftituée. 


Les 


24 Conservation 

Les Dents des perfonnes qui ont été 
nouées, ou qui ont eu quelque maladie 
dans le tems qu’elles n’avoient pas encore 
de confiftence , non - feulement font dif¬ 
formes &c remplies d’afpérités à leur fur- 
face , mais fe gâtent encore ordinaire¬ 
ment peu de tems après leur fortie ; 6c 
les greffes molaires y font les plus fu- 
jettes. 

Lorfqu’une Dent fe gâte, la Dent 
parallèle du côté oppofé fe gâte afîez 
Ibuvent dans le même endroit, 6c avec 
la même fymétrie. Cette efpece de 
fympathiè me paroit avoir une caufe 
fort fimple. Comme toutes les Dents 
parallèles s’offifient d’ordinaire enfemble, 
& fuivent les mêmes progrès, elles font 
fufceptibks des mêmes impreflions , 6c 
des mêmes engorgemens. Ainfi pendant 
l’oflification,, le principe de la maladie 
commune aux Dents du même ordre, 
s’eft.porté aux mêmes endroits, 8c il y 
fait plus ou moins de ravage, foivant la 
qualité de l’humeur. C’eft ce qui fait 
que quand une Dent fe trouve marquée 
de quelque tache jaune ou noire, la 
pareille de l’autre côté a prefque toujours 
la même marque. 


DES Dents. 25: 
Lés Dents fè gâtent auffi, quand el¬ 
les font trop ferrées, parceque par leur 
preffîon réciproque dans l’avion des 
deux mâchoires ^ les fibres oflèufes s’af- 
faiflènt dans leurs interflices, & que 
le fluide n’y circule plus librement. 
Les Dents de devant à la machoiië fii- 

{ )érieure font très-fujettes à fè gâter dans 
eurs interflices , tant parce qu’elles 
font ordinairement trop preflees , que 
parceque l’air froid ou chaud frappe 
plus ces Dents-là, que les autres. 

La carie provient d’une infinité d’au¬ 
tres caufes internes ou externes. 

Les caules internes les plus commu¬ 
nes font, tous les excès de la bouche ; 
l’ufage des alimens qui font un chile im¬ 
parfait ou trop abondant ; l’excès du 
fommeil 6c des veilles ; une vie trop fe~ 
dentaire, ou trop agitée ; enfin toutes 
les pallions capables d’alterer la digel- 
tion, d’aigrir ou d’alterer autrement la 
raaflè du fang, de produire des obflruc- 
tions, de ralentir les fecrétions 6c les ex¬ 
crétions qui doivent fe faire journelle¬ 
ment , 6c d’opérer d’autres defordres dans 
l’œconomie animale. 

Les Dents des pituiteux 6c des plé- 
B tho- 



26 Conservation 
thoriques, font auffi fort fujettes à fe* 
gâter , ôe s’ébranlent facilement. Les 
femmes pendant leurs grolfelfes y font 
plus expofées qu’en tout autre tems, par 
l’abondance du fang qui eft alors retenu 
chez elles. Lorfqu’elles ceffent d’être 
réglées, leurs Dents fe gâtent auffi très- 
fouvent, ou s’ébranlent par les fréquen¬ 
tes fluxions qui fè jettent alors fur les _ 
gencives. 

Celles dont le lait n’a pas bien pris 
fon cours durant leurs couches, en forte 
*qu’il en féjourne une partie chez elles > 
ont une fanté fort chancelante ; 8c fbu- 
vent leurs Dents fè gâtent ou s’ébran¬ 
lent par des fluxions que cette humeur 
laiteufe occafionne. 

Les Dents font encore altérées p'ar la 
petite vérole , lorfqu’elle efl: maligne , 
8c par d’autres maladies de cette na¬ 
ture. 

Les caufès externes qui altèrent, 8c 
qui enfin dégradent les Dents , font en 
très-grand rîombre. Les plus ordinai¬ 
res, comme je l’ai dit, font rufàge des 
aiimens trop froids ou trop chauds^ les 
diverfes impreffions. de l’air ; tous les 
efforts que l’on fait faire aux Dents 8c 



DES Dents. 27 - 

qui en afFailTent les fibres, ou même eh 
font quelquefois éclater le corps ; les va¬ 
peurs de reftomach & des poulmons 
qui en s’élevant forment un limon fur les 
Dents'; les reftes des'alimens qui féjour- 
nent da,ns leurs interftices, & qui s’y 
corrompent. 

• Il eft encore très-nuifible aux Dents, 
de troprfe dégarnir la tête,%c de s’ex- 
pofer au ferein, ainfi que de dorrnir la 
tête nuë , ou trop 'peu couverte: de là 
proviennent bien des fluxions. D’autre 
part les ingfédiens doht on ufe pour fe 
confer.ver les Dents , leur font quelque¬ 
fois très-nuifibles. • 

Il en eft de même de certains reme" 
des que l’oh çmplpye,pour en calmer 1® 
douleur,-tels qüe Ifoncens, l’eau forte > 
&»jpareils, eauftiques qui gâtent toute* 
les Dents-qu’ils , touchent ; ce qui fai^ 
voir qu’il ine faut point faire de r eme de 
qui ne foit approuvé ou prefcrit par un 
Dentifte^ ejtpérimêpté. - L’ufage exeefllf 
desifi^rèries contribueuufll à la.deftruc- 
tion des Dents. - Les perfonnes qui ha- 
bitehtf.rdes endroits hurnides^ aquatiques 
pu marécageux, ou qui boivent diM eaux 
trop crues , ont rarement les Dents faines, 
pu font fans fluxions. B 2 ‘ CH A- 



28 C O N-S ERVATlOJf 


CHAPITRE II. 

Précautions à prendre pour empêcher que 
les Dents ne fe gâtent par quelqu'une des 
caujès qu'on vient d'expofer. 

I L faut iFabord tous les matins enlever 
le limon qui s’eft dépofé pendant le 
fommeil fiir les Dents, & l’ôter allez 
•exa<5lement y pour qu’il ne fe forme point 
de tartre au bord des gencives. Après 
le repas, on aura foin d’ôter tout ce que 
* les alimens peuvent avoir lailïe dans les 
interftices des Dents. 

On doit être fort refervé dans l’ufage 
des fucreries ; ôc lorfqu’on én a mangé, 
pour enlever le fuc vifqueux qui s’atta¬ 
che aux Dents, ôc dont l’acidité les g⬠
te , il s’agit de bien fe rincer la bouche 
avec de l’eau tiède. 

Il faut encore ablblument s’abftenir 
de caffer avec les Dents rien de 'trop 
dur. Mais ce qu’on ne peut trop recom¬ 
mander , c’ell de ne fe fervir jamais ni 
d’encens, ni d’aucune liqueur cauftique, 
fous quelque prétexte que ce foit, non 



DES Dents. 29 
plus que d’aucune des drogues que dé¬ 
bitent les Charlatans, foit pour lé net¬ 
toyer les Dents, foit pour affermir les 
gencives, foit pour calmer les douleurs 
qu’elles peuvent produire. Je mets au 
nombre,de ces drogues plufieurs vinai¬ 
gres pour les Dents qui fe diftribuent à 
Paris. Ces vinaigres defféchent les 
Dents, les jauniflènt à la longue, pro- 
duifent fbuvent des obflruélions aux 
gencives, font crilper les vaifleaux & 
les racorniffent. 11 faut donc être bien 
en garde contre tous ces différons vinai¬ 
gres, & confultêr fon Dentifle, pour 
Içavoir fi la nature des Dents ou celle 
des gencives permet d’en faire quelque 
ufage. . 

Il y a d’ailleurs, pour éviter la perte 
ou l’altération des Dents, certaines pré¬ 
cautions à prendre qu’on ne peut trop 
inculquer. 

Il s’agit premièrement de ne point s’ex- 
pofer en Ibrtant d’un lieu chaud à un 
air trop froid, làns avoir la tête bien 
garnie j il eft bon meme de fe mettre 
un peu de coton dans les oreilles. 2®. 
De ne pcint'^’expofer au ïèrein, de ne 
pas dormir la tête nuë ou trop peugar- 
B 5 nie, 


30 Conservation 
nie & d’éviter les vents coulis: ainfi que les 
lieux humides ou marécageux. 3®. Quand 
on féjourne dans un endroit où les eaux 
font crues, 8c qu’on ne peut eh avoir 
d’autres, il faut faire chauffer l’eau qu’on 
boit jufques à un certain degré , afin 
qu’elle foit moins préjudiciable auxDents. 
Voilà les foins qu’on peut prefcrire pour 
fe garantir des caufes extérieures qui g⬠
tent les Dents ; paflons aux moyens de 
prévenir les caulês intérieures de leurs 
maladies. 

La première chofe à obferver pour 
la conlèrvation des Dents , ainfi que 
pour la fanté du corps, eft un bon ré¬ 
gime: de la (bbrieté, des alimens fains 
8c de facile digeftion,. font la bafe de 
ce régime. G’eft la maftication qui pré¬ 
pare la digeftion des alimens j il faut 
donc les bien moudre, êcles^bien broy¬ 
er , avant que de les confier à lleftomach, 
afin qù’il s’en forme un^ chile doux, 
fluide, ôc qui paflè dans le fang fans 
obftacle, pour nourrir 8c vivifier toutes 
les parties du corps. 

Quand les alimens ne font pas fiiffi- 
famment broyés , l’eftomâîh ne fauroit 
les cuire ni les digerer ..convenablement. 


DES De NT s 31 

Il faut éviter furtout de le furcharger 
d’alimens & de lui rien donner d’indi- 
gefle J autrement le chile qui en refulte 
efl imparfait, & chargé plus ou moins 
de parties fales : il devient par confé- 
quent la fburce de différentes maladies. 
Or les Dents ne tardent pas à s’en ref- 
fentir, foit par la corruption du fluide 
qui circule dans leurs vaifîeaux, foit par 
l’effet des vapeurs qui s’élèvent de. l’ef- 
tcmach & des poulmons, foit par l’a- 
creté de la pituite, ou pàr la vilccfité 
ôc répaiffiffcment de la falive : toutes 
difpoli lions vicieufes dont fe forme Un li¬ 
mon acide qui gâte ôc qui ébranle, les 
Dents. 

Le moyen de les éviter eft de faire 
un exercice modéré ; de ne point trop 
veiller ni trop doirhirj de modérer fès 
paffions } de ne point furcbarger fon efto- 
mach ; de bien mâcher les alim.ens, afin 
que la falive ait le temss de les pénétrer; 
de n’en point prendre de difficile digef- 
tion ; enfin de ne point ulèr avec excès 
de laitage , de légumes, ni de pciflbns 
falés, parceque ces fortes d’alimens ne 
prcduilent pas un bon chile. 

Ceux qui fe trouvent attaqués de 
B ^ <1^?^ 



52 Conservatiow 

quelques afFeélions fcorbutiques ou de 
quelque autre vice particulier, doivent 
promptement travailler à le détruire. 
Certaines perfonnes dont l’eftomach ne 
fait qu’imparfaitement fes fonélions,, & 
dont la Iknté efl fort chancellante, ont 
ordinairement les Dents & les gencives 
en mauvais état. Dans tous ces cas , il 
ne faut point différer à fe mettre entre 
les mains d’habiles gens dont on ne man¬ 
que p’oint à Paris. 

Les perfbnnes ou repletes, ou caco- 
chiipT^es ne doivent point négliger les 
remedes que demande la nature de 
leurs indifpofitions. La faignée > par 
exemple , efl de tems en tems nécef- 
foire aux femmes enceintes, tant pour 
la confervation de leur fruit, que pour 
leur faire fupporter plus aifément le 
poids de la grofTeffe, Ôc pour empêcher 
que le fang menflruel qui fe dépuroit 
avant la groflèffe, ôc fe trouve retenu 
chez-elles, ne fe porte aux Dents 6e 
ne les gâte. 

• Les femmes dont après leurs couches 
le lait n’a pas bien pris Ibn cours, doi¬ 
vent confulter un bon Medécin, ou un 
habile Chirurgien, pour fe débarraflèr 

4e 



DES Dents, 53 
de cette partie laiteufe qui altère à la 
fois &c la faute & les Dents. 

Celles qui ceffent d’être réglées, 
étant parvenues à-ce tems critique, 
doivent aufft de tems en tems fe faire 
faigner & purger, pour empêcher que 
le fang ne fe porte aux Dents, ou aux 
gencives, n’y caufe des fluxions, & 
n’ébranle les premières. Dans les pe¬ 
tites véroles malignes & autres maladies 
humorales, auflitôt que la fanté le per¬ 
met , même avant qu’elles caulént au¬ 
cune douleur , il faut faire vifiter fe« 
Dents, pour arrêter certains ravages 
que ces Ibrtes de maladies y font. 

Lorfque , pour n’avoir pas voulu 
s’aflujetir à aucun régime, ni prendre 
la moindre précaution, ce qui n’eft que' 
trop ordinaiie , le delbrdie qu’on pou¬ 
voir éviter s’eft mis dans la ^ucbe, il 
n’y a plus qu’un moyen pour conièr- 
ver fes Dents, c’eft d’y apporter un 
prompt remede, avant que la carie ne 
découvre le canal dentaire qui efl oc¬ 
cupé par le nerf: car po;ur peu qu’on 
néglige cette maladie, elle fait des pro¬ 
grès fi rapides, qu’après avoir caufë 
bien des maux la Dent périt fans ref- 
B y foutce. 



3 4 C O N s E R ’V A T I ' O N 
four ce. Il faut donc faire vifiter fou- 
• vent fa bouche par ion Déntifte, pour, 
le mettre à portée de remédier aux 
moindres defordres qui peuvent furve^^ 
nir, {bit aux Dents, ,foit aux gencives. •« 


CHAPITRE III. 

Des Maladies , & autres caufes qui altè¬ 
rent la blancheur des Dents. 

P Lufîeuirs caufes altèrent la blancheur 
des Dents, & terniilent l’email: 
telles {ont principalement toutes les 
maladies violentes, où il y a de la ma- 
♦lignité, 6c de la putréfaélion. G’efl: 
pourquoi, dans ces? maladies, les Dents 
deviennent ordinairement noires , ou 
jaunes j mais après la guérifon elles re¬ 
viennent dans leur blancheur naturelle, 
fi l’on a foin de les faire nettoyer. 

Les différens remedes dont on uie 
intérieurement dans quelque maladie 
que ce foit, toutes les eaux ferru- 
gineufês ou minérales , Ôc furtout les 
fels qu’on y mêle, ternilfent les Dents; 

mais 



des Dents. 35 
mais on en rétablit aifément la - blan¬ 
cheur avec de bonne poudre. Certains • 
élixirs, ou certaines effences, dont fe 
fervent quelques perlbnnes, Ibit pour 
raffermir leurs Dents , ou pour fortifier 
leuls gencives, foit pour en calmer la 
douleur, contribuent auffi plus ou moins 
à ternir les Dents , fuivant la nature 
de leur compofition. Cependant lorf- 
qu’il n’y eft point entré d’ingrédiens 
caufiiques ou corrofifs, on ôte pa.reil-. 
lement fans peine avec la poudre ou 
l’opiat la craffe qu’ils ont laiffée fur les 
Dents. 

L’ufage de certains alimens, altèrent 
plus ou moins la blancheur des Dents, 
fuivant leurs qualités. 

Les perfonnes qui ont l’habitude de 
fe rincer la bouche avec, du vin miige 
pur, ou avec quelque liqueur Ipiiîtüeu- 
fe, s’expofent au même inconvénient. 
C’eft pourquoi lorfqu’on fe fert de vin, 
ou de quelque liqueur forte pour les 
gencives,' il faut enfuite.ff' bien effuier 
les Dents , ôc ayoi’r recours à là pou¬ 
dre ou à l’opiat ^ , quand la crâfîè ne 
peut - être enlevée par le frottement'. ' 
Ceux qui fument ou qui mâchent 
B 6 du 



3 ^ -CONSERVATIOÎT 
du tabac pour leur faute, ou par fim- 
ple habitude , ont ordinairement les 
Dents noires ou jaunes ; & l’on ne peut 
guères recouvrer leur blancheur , qu’en 
renonçant à la pipe ou au machicatoire. 

Une habitude infiniment plus dan- 
gereufè, c’èft d’ufer de certaines pou¬ 
dres, ou de certains opiats compofés 
de purs corrofifs , tels qu’en débitent 
les Charlatans. Ces pernicieufes dro¬ 
gues, après avoir donné quelque éclat 
peu durable aux Dents, nonlëulement 
leur ôtent enfuite fans reflource leur 
blancheur naturelle, mais encore les dé- 
truifent infailliblement. 

Le blanc que l’on met fur le vifage 
gâte aufll les Dents de plufieurs façons. 
11 fe forme fur la Dent, au bord des 
gencives, une noirceur qui commence 
par la. ternir , qui enfuite la defleche 
& en brûle l’émail, fi on n’a l’atten¬ 
tion de la faire ôter à mefure qu’on en 
voit le moindre veftige. 

Au refte, quelque foin qu’on prenne 
pour conlèrver fes Dents blanches, il 
faut obferver que leur blancheur dure 
plus ou moins fuivant leur qualité na¬ 
turelle, la fanté dont on jouit. 11 

ya 


DES Dents. 57 
y a d’ailleurs plufieurs degrés de blan“ 
clieur qui font l’ouvrage de la Natu¬ 
re , ôc que l’Art ne peut changer. L’é¬ 
mail des Dents, à un certain âge, perd 
nécelTairement de fa blancheur. 

De toates les caufes qui ternilïènt 
les Dents, les plus communes font le 
limon, &c le tartre qui en eft formé. 
Ce tartre les couvre fouvent d’un efpe- 
ce de vernis ou de croûte épaille qui 
efl dégoûtante: peur faire repaioître la 
blancheur de la Dent cachee fous cet 
enduit jaune ou noir, il faut avoir re¬ 
cours à la main du Dentille. 

Les Dents, maigre leur utilité fi lèn- 
fible, & dont chaque infiant marque 
l’évidence, occupent peu notre atten¬ 
tion. On les laillè communément aller 
au gré de la nature, fans penfer aux 
inconvéniens fans nombre qui fui vent 
ou accompagnent leur perte. Si l’on 
a quelquefois recours au Dentifte, c’eft 
prefque toujours à l’extrémité, lorfqu’il 
n’y a plus de remede, ou ^u’on peut 
tout au plus éluder pour très-peu de 
tems le facrifice de fes‘Dents ; enforte 
que malgré lui le Dentifte eft bien 
moins occupé de leur confervation, 
qu’à 



O N 


38 CONSERVAT! 
qu’à en débarraffer promptemenj: ceux 
qu’elles font fouffrir. 

Le plus' prompt effet de cette né¬ 
gligence, eft la formation du tartre > 
qu’on a autrement nommé Chancre , 
parcequ’il ronge non - feulement les 
gencives, mais encore les alvéolés , 
& la membrane qui recouvre la racine 
des Dents. Or comme ce font toutes 
ces parties qui les maintiennent fermes 
6c folides , lorfqu’elles font détruites 
conjointement ou féparement, les Dents 
deviennent chancellantes, 6c tombent 
bientôt , faute de foutien , quand on 
néglige d’y apporter les foins convena¬ 
bles. 

Le tartre fe forme par couches du 
limon gras 6c vilqueux qui s’attache 
fur les Dents, quand on néglige de 
l’enlever tous les matins. Ce limon 
provient de plufieurs caufes : de certains 
alimens qui s’attachent aux Dents, d’u¬ 
ne falive épailTe ou viciée, des mauvai- 
fes, digeftions, de certaines pituites, des 
maladies,.6c quelquefois des remedes 
mêmes dont on*ufe. A mefure que ce 
limon fe durcit, il fe change en tartre; 
il augmente peu-à-peu de volume par 


D E s D E N T s. 59 

de nouvelles couches qui fe dépofent 
fur la première; il s’incrufte enfuite, 
ôc il fe mallique à un tel point fur les 
Dents, qu’il s’en trouve quelquefois 
d’un volume ‘enorme. 

A un certain âge ôc dans la vieillef- 
fe, on eft ordinairement plus fujet à 
contrarier du tartre. 11 n’eft pourtant 
point rare de voir aux jeunes gens des 
Dents qui fe couvrent de tartre à me- 
fure qu’elles fortent des gencives ; mais 
alors il provient des dilpofitions , ôc des 
vices dont nous venons de parler. 

Par quelque, caufe qu’il foit produit, 
ôc dans quelque cas que ce foit, -auffi- 
tôt que ce corps étranger s’eft accumu¬ 
lé fur les Dents, il faut promptement 
l’enlever ; autrement: il fait fur les 
gencives une telle impréftion , qu’il 
empêche le retour des liqueurs, qui 
par leur féjour fe corrompent Ôc détrui- 
fent tôt ou tard, comme nous l’avons 
dit , les gencives l’alvéolé ,. ôc le 

périofte qui couvrent la racine de la 
Dent. En effet'à méfure que le tartre 
• augmente de volume, il gagne de. plus 
en plus les gencives, qüi s’engorgent 
par fa préfence, Ôc fe gonflent enfuite 
4 peu- 



40 Conservation 
peu-à-peu. Alors le fang ou la lim- 
phe fereule qui les abreuve, s’épanchant 
par la rupture des vaiflèaux, la mem¬ 
brane de la racine de la Dent fe gonfle, 
dilate l’alveole, & le fluide qui s’y 
répand y croupit; ainli tout fe détruit 
à la fois. Les gencives auparavant 
fermes & folides deviennent flafques, 
fongueulés, & charnues; les alvéolés 
s’amoliflent J les Dents deviennent dou- 
loureufès Ôc branlantes. Cependant tant 
que ces parties ne font pas entièrement 
appauvries ou détruites, en ôtant par¬ 
faitement le tartre, & en évacuant le 
fluide dont les gencives &c les alvéo¬ 
les font également fubmergés, on peut 
rafermir les Dents. Mais fi l’on diîFe- 
re trop, le tartre s’attache tellément 
de jour en jour, ôc fait de tels rava¬ 
ges, que fouvent il n’y a plus moyen 
de fauver la Dent; parce que tout ce 
qui la foutient fe trouve détruit fans 
reflburce, & que nous ne fommes point 
créateurs. 

Les Dents ainfî déchaulïees ou déra¬ 
cinées, non feulement font difformes* 
par leur feul allongement, mais refu- 
iènt même le lèrvice* 

C H A- 

« 


DES Dents. 


4* 


CHAPITRE IV. 

Des maladies des Gencives, des 
jilveoles. 

T outes les maladies des gencives 
font produites par des caufes in¬ 
ternes , ou externes, qui leur font com¬ 
munes avec les Dents. Les caufès ex¬ 
ternes , (ont un limon acre & corrofif, 
l’abondance du tartre, une falive viciée, 
certaines drogues dont on fe fert, les 
coups, & les chûtes. On peut y ajou¬ 
ter toutes les maladies des Dents qui 
influent plus ou moins fur les genci¬ 
ves. 

Les caufès internes, font auffi lés 
mêmes que celles qui font périr les 
Dents ; un mauvais chile, le vice ou • 
la trop grande abondance du fang ou 
de la limphe, une plénitude d'humeurs, 
le fcorbut, ou quelque autre vice in¬ 
térieur. 

Ces différentes maladies ont reçu 
différens noms , fuivant les divers 
fimpto- 




42 Conservation 
fîmptomes fous lefquels elles fe manifef- 
tent. De - là, le gonflement, l’exctoif- 
fance, & les fungofités des gencives ; 
de-là VEpouUs , ainfi qu’on appelle leur 
excroiflànce extraordinaire, le Paroulisy 
ou abcès d’un certain volume, les fiflu- 
les, ou autres ulcérés, les bubes, ou 
petits boutons qui s’élèvent fur les gen¬ 
cives des Dents gâtées, ou fur celles où 
l’on aura reçu quelque coup dans fa 
jeuneflè, enfin les petits chancres, & 
les aphtes. 

Là folidité dès D-ents ne dépend pas 
feulement des gencives, mais encore 
des alvéolés , ou des gaines oflèüfes 
où font encaftrées les racines des Dents. 
Car quand les alvéolés font détruits, 
quoique la gencive fübffle, la Dent 
eft fi ébranlée, qu’elle eft très - incom¬ 
mode & même douloureufe. On ne 
fçauroit donc travailler à la ccnferv^a- 
•tion des gencives, que l’on ne pour¬ 
voie en miême tems à celle des alvéo¬ 
lés. 

Les gencives ne peuvent guères.être 
malades, que les alvéolés ne s’en ref- 
fentent ; & quand lés alvéolés font dé¬ 
truits , les gencives ne reftent pas long- 
tems 


t> E s D E N T s. 4,5 
tems dans leur état naturel : elles fe re¬ 
tirent 5 elles fuppurent > ôc les racines 
des Dents qui fe trouvent dénuées de 
leur gaine ofleulè, & dépouillées de 
leur périofte , deviennent alors un 
corps étranger à la .gencive, elles ne 
peuvent plus s’y attacher. Ainfi un 
delbrdre en entraîne un autre : quand 
l’alvéole eft dégradé, la racine eft bien¬ 
tôt deifechée , 8c la gencive dégarnie 
efl flafquç 8c ne fertit plus la Dent. 

. C’eft ici l’endroit de dire, quelque 
chofe des maladies dts alvéolés, 8c 
des caufes qui les produifent. 

Les alvéolés font les contours, ou 
les lames offoufes, qui forment les cà- 
vités pratiquées dans chaque mâchoire, 
pour y: enchalïèr les Dents. Ce font 
comme; autant de chatons qui reçoivent 
les racines des Dents, qui. les recou¬ 
vrent 8c par confequent qui les main¬ 
tiennent fermes ôc fol-ides. Ces contouïs 
o^^eux^font à leur tour recouverts par 
les gencives qui vont à leurs extrémi¬ 
tés s’attacher au collet des Dents, en^ 
droit où finit la racine , 8c où le corps 
de la Dent commence. Ainfi la gen¬ 
cive s’applique, 8c par le moyen des 
petits 



if4 Conservation 
petits vaifleaux fe colle fur les alvéo¬ 
lés, à-peu-près comme une peau de 
chagrin s’applique fur l’étui de bois qui 
fert de gaine à un inflrument. 

Les alvéolés font fufceptibles de carie 
comme les Dents mêmes, mais plus ra¬ 
rement. Les caufes ordinaires de cette 
maladie font, ou un vice fcorbutique, 
ou un vice particulier fort commun, 
ou quelque dépôt produit d’ordinaire 
par une Dent gâtée, dont la. matière 
viciée a féjourné trop longtems dans 
cette partie. % 

• Les alvéolés font encore fort lujets 
à fe confumer 6c à fo détruire , à - peu- 
près comme les racines des Dents de 
lait, fans qu’on fçache ce qu’en devien¬ 
nent les vefliges. C’ell ce qu’on peut 
fur-tout obferver , quand les racines 
fe déchaufîènt, 6c dans la fuppuration 
des gencives. Leur fuintement, qui 
ell très - commun , eft ordinairement 
caufé par l’engorgem.ent de ces genci¬ 
ves, où le fang par Icn léjour le cor¬ 
rompt, pu par une limjhe acre 6c cor- 
rolîve qui en abreuvant ces parties les 
mine peu-à-peu, ou par un limon 
très - acide, ou par la feule préfence 
du tartre. Ces 


DES Dents. 45^ 

Ces différentes caufes font plus ou 
moins de ravage, félon la qualité des 
alvéolés, Sc les difpofitions du fujet. 
Les alvéolés, & les cloifbns intermé¬ 
diaires qui occupent les intervalles des 
racines s’amolifïènt quelquefois, & de¬ 
viennent d’une fubflance charnue-; ce 
qui arrive dans certaines affeélions fcor- 
butiques. Cet amoliffement provient 
de la ftagnation du fàng, ou de la lim- 
phe fèreufè qui fè trouve infiltrée dans 
les gencives. Aux perfbnnes replçtes 
& pituiteufès, l’ébranlfement des Dents 
commence par le défaut des gaines of- 
feufes qui ont été aflfèdlées par quelques 
unes des caufès que je viens de décri¬ 
re, & qui périfïènt fi on ne veille con¬ 
tinuellement à leur confervation. 

Les vieillards perdent d’ordinaire par 
l’ébranlement, les Dents qui ont écha- 
pé à la carie j & c’eft prefque toujours 
ici l’alveole qui manque , parceque 
le fluide qui circule dans cette partie 
n’a plus la même qualité, (bit que le 
cours en foit plus lent, fbit qu’il n’y 
ait plus afïèz de fuc nourricier, ou 
qu’il foit appauvri de quelque autre 
maniéré. Quelle qu’en puifle être la 
caufe 



4<> Conservation. 
eaufe, il efl certain que dans la vieil- 
lefle les racines des Dents font commu¬ 
nément’ dégarnies, tant du côté de 
l’alveole, que de celui des gencives > 
& qu’elles font par conféquent peu fô- 
lides. Je me difpenfe d’entrer ici dans 
le traitement rigoureux dé ces fortes 
de maladies, attendu qu’elles font du 
relïbrt des gens de l’Àrt les plus expé¬ 
rimentés. Comme je n’écris ppint pour 
eux , je ne parlerai que des maladies où 
i’op peut remédier foi mêmeou faire 
remédier aifément. Ceux qui vour 
dront des inftruélions plus étendues 
fur les différentes maladies, tant des 
Dents , que des gencives, , -pouront 
confulter l’Ouvrage que j’ai donné l’an¬ 
née dernière. 


DES Dents. 


47 


CHAPITRE V. 

Soins ton peut apporter foi-meme aux 
Dents gâtées, tant pour lès conferver, 
que pour en éviter la mauvaife odeur, 
téX pour avoir la bouche propre. 

A Uffitôt que l’on s’apperçoit qu’une 
Dent efl; gâtée, il faut y faire 
remédier avant qu’elle fe faflè fentir. 
Lorfqn’elle l’efl; au point de faire mal, 
& d’incommoder en mangeant,on doit 
mettre tous les moyens en ufage pour 
tacher de la conferver; & je puis afTu- 
rer qu’avec de. la patience on en confer- 
vera beaucoup. ., • 

Un Dentifle efl toujours repréhen- 
fible, quand il fe preflè d’ôter une Dent, 
qui quoique gâtée n’efl pas fans refToùr- 
ce. Il i\e doit en venir là, qu’après 
avoir mis eh ufage tous les moyens qui 
nous font^ connus pour détruire les nerfs 
qui font à découvert»: Il y .-a bien plus 
de mérite à fçavoir cpnfèrver un Dent, 
qu’à la fçavoir bien' ôter. Il efl aufli 



^8 CONSERTATION 
plus fatisfaifaijt d’être regardé comme 
confervateur, que de .paffer pour deP- 
truéleur d’un inftrument précieux, dont 
rien ne peut racheter la perte. Perfon- 
ne ne s’eft plus attaché à ménager tou¬ 
tes fortes de Dents > & n’a mieux méri¬ 
té le nom de Dentijie Confervateur , que 
le célébré M. Capperon. 

Les perfonnes incapables de patience, 
qui voudront plus promptement faire pé¬ 
rir le nerf de leurs Dents, auront alors 
recours au Dentifte, & celui-ci détruira 
le nerf de la Dent malade , foit en la 
luxant, foit en piquant le nerf même, 
foit par le moyen d’un petit morceau 
de coton, qu’il portera par gradation 
dans le canal où' paflè ce nerf pour le 
comprimer. Quant aux perfonnes qui 
ne font point à portée de recevoir aucun 
fecours du Dentifte, elles peuvent, fi 
elles en ont le courage, faire elles-mê¬ 
mes l’opération, qui n’eft pas difficile. 
Si pendant quelques jours il en refte un 
reffëntiment ^alfez douloureux, il n’eft 
pas de longue durée : la Dent s’amortit 
peu-à-peu , de façon que quand elle eft 
propre à retenir le plomb, & qu’elle eft 
plombée 



DES Dents. 49 

plombée comme il faut, elle fe cottfer- 
ve bien, fans fe gâter davantage. 

Les nerfs des Dents gâtées fe détrui- 
fènt encore avec le tems, fans y rien faire. 
C’efl; alors la carie même qui rongé & 
la Dbnt & le nerf, ce qui produit des 
douleurs plus ou moins durables, ainfi 
que des engorgemens au cordon quiefl: 
enflammé, &c quelquefois un abcès. Si 
enfuite on a négligé de faire plomber» 
ces fortes de Dents , elles fe gâtent de 
plus en plus, s’en vont par petites par¬ 
ties, & n’ont bientôt plus que les ra¬ 
cines qui ne font aucun mal, mais qui 
au contraire rendent encore de bons & 
de longs fervices. Il efl vrai que ces 
Dents à la fin s’ébranlent , & qu’elles 
tombent ordinairement d’elles mêmes, 
ou fbrtent prefque fans douleur; au lieu 
que fi on les avoit fait plomber à tems , 
on auroit évité leur deflruélion. Il faut 
dire aufli que des Dents ainfi négligées 
produifent quelquefois des fluxions, des 
^ abcès confidqrables, 8c d’autres accidens. 
Le feul parti qui refte alors efl d’ôter 
les Dents qui font la fburce du mal. 

Lorfqu’une Dent gâtée efl: fenfible aü 
chaud 8c au froid,, qu’elle incommode 
G en 


^O' CONSERVATION 
en mangeant, & qu’elle fait du mal, il 
faut avoir grand foin de ne rien laifïèr 
féjourner dans le creux que la carie y a 
fait, ôc d’y tenir continuellement un peu 
de coton trempé dans l’elTence de canel- 
le, ou de girofle $ ou dans l’efprit de vin; 
on le renouvellera tous les jours , tant 
pour la propreté, que pour accélérer la 
guérifon de la Dent. On continuera 
^et ufage jufqu’à ce qu’on mange bien 
fur la Dent , fans nulle douleur, 6 c en- 
fuite on la fera plomber. 

Il arrive quelquefois que , quand par 
ce moyen fimple on amene la Dent ma¬ 
lade à fa guerifbn*, elle caufe des dou¬ 
leurs fort vives ; mais ces douleurs font 
paflàgeres, à moins qu’il n’y ait d’ailleurs 
quelque vice particulier. Lorfque la 
douleur eft parvenue à un point que le 
malade eft déterminé à fè priver de fa 
Dent, on peut fans en venir à l’extrac- 
•tion, le guérir fur le champ , en luxant 
la Dent de la maniéré que j’ai décrite 
dans mes Recherches fur toutes les parties 
de VArt ; é’c. 

Pendant qu’on fait mourir le nerf d’u*- 
ne Dent gâtée, 6 c encore quelque tems 
après qu’il eft mort, on a prefque tou¬ 
jours 


DES De NT s 
jours de-petits refTentimens qui annoncent 
toutes les variations de l’air, comme font 
certaines bleflures ou certaines chûtes ; 
mais ils font beaucoup moins durables. 

Pour panfer ces fortes de Dents, il 
faut introduire du coton imbibé d’eflèn- 
ce , ou d’eiprit de vin , dans de trou de 
^la carie avec une éguille de tête, ou 
encore mieux avec une fonde de Derf- 
tifte; Sc lorfqu’on veut accélérer lagué- 
rifon, il s’agit , comme je l’ai marqué, 
d’enfoncer peu-à-peu ce coton aù fond 
du trou fur le nerf pour le comprimer. 
Quand le trou de la Dent efl bien bour¬ 
ré , le nerf devient moins fenfible ; car 
la feule prelïion du coton contribue au¬ 
tant à le détruire que la liqueur dont il 
efl trempé. 

11 arrive quelquefois que le nerf de la 
Dent efl tellement à découvert & fi en¬ 
flammé , que l’eflence ou l’efprit de vin 
en mordant fur lui augmentent beau¬ 
coup la douleur, qui devient encore plus 
vive, fi l’on enfonce trop le coton. 
Alors il faut mêler enfemble parties éga¬ 
les d’eflenee &c de teinture anodine, de 
introduire dans la Dent le coton fort lé¬ 
gèrement. Si les douleurs ne fe calment 
C 2 pas, 



52 Conservation 
pas ) il faut ôter le coton pour en fubfti- 
tuer un autre trempé feulement dans la 
teinture anodine , qu’on renouvellera 
d’heure en heure, jufqu’à ce que la dou¬ 
leur fôit paflee. Si cé dernier expédient 
ne fait point ceflèr le mal, on ufera de 
la Pâte calmante j qui eft décrite dans 
mon livre. 


C H A PITRE VI. 

Remarques Jîir les douleurs des 
Dents. 

L Es Dents produifent deux fortes de 
douleurs, qui doivent être traitées 
differeriiment. La première dont je 
viens de parler provient toujours des 
nerfs dentaires. La 2 ^ eft caufée par 
la membrane qui tapifïè ôc l’alveole ôc 
la racine de la Dent. Dans ce dernier 
cas, la Dent n’eft fenfible ni au chaud 
ni au froid; mais elle efl fort doulou- 
reufe au feul ra(5l ; on fènt fouvent dans 
la gencive ôc aux environs des batte- 
mens ôcdes élancemens très-aigus; fou- 
vent 




DES Dents. 55 

vent les parties voifines fe gonflent, & 
il fe forme quelquefois un abcès dans la 
gencive même. Dans ces fortes de 
douleurs les eflènces & tous les ingré- 
diens dont on peut ufer ne font d’au¬ 
cun effet ; il faut bien fe garder alors 
d’employer pour fe rincer la bouche au¬ 
cune liqueur fpiritueufe, parceque les 
élancemens qui fe font fentir ne' prove¬ 
nant que de la préfence du fang, & de 
la refiftance des arter'es, ces liqueurs les 
referrent encore & y produifent plus 
d’engorgement, & plus de douleur.Les 
émolliens au contraire , tels que l’eau 
tiede , & le lait tiede , qu’il fufïit quel¬ 
quefois de tenir fréquemment dans fa 
bouche, les figues grafïès bouillies dans 
le lait qu’on porte fur la gencive mala¬ 
de, les cataplafmes de mie de. pain & 
de lait arrofés d’huile de Behem, quand 
la joue eft dure & enflée , relâchent les 
parties tendues, & foulagent beaucoup 
le malade. Lorfque la douleur efl con- 
fidérable, que la fluxion ne diminue 
point, ôc que le malade Ibuffre toujours, 
il faut le faire fàigner ; la faignée du 
pied quand* on peut la faire, eft préfé¬ 
rable à celle du bras. Les douleurs par 
, C J ce 



54 CONSERVATIOÏI 
ce moyen s’appaifent , & la fluxion fe 
diflipe. Quelquefois cette fluxion ne fe 
termine que par un petit dépôt dans la 
gencive : alors fi l’on veut être promp-, 
tement foulage, ou bientôt guéri, il ne 
faut pas différer à faire jour à la matière, 
en perçant l’abcés. La fluxion paflee , 
on obfervera les premiers jours de man¬ 
ger fur la Dent qui a fait le mal, quoi¬ 
qu’elle foit encore foible & fenfible ; 
autrement elle fe couvrira de limon ,i la 
gencive s’engorgera, & la bouche con- 
traéfera de l’odeur, quelques foins cm’on 
puifle y apporter. Ces .fortes^ de Dents 
par l’inaélion reftent toujours foibles & 
douloureufos lorfqu’on veut appuyer 
deflus : en forte qu’au lieu de fe raffermir 
elles s’ébranlent de plus en plus , par- 
ceque la membrane ou: le périofte 
qui eft commun à la racine & à 
l’alveole sfeft gonflé dans la fluxion, & 
a dilaté celui-ci. C’eft pourquoi la Dent 
qui a produit le defordre fe trouve ébran¬ 
lée, s’allonge même & devient incom¬ 
mode dans la rencontre des Dents oppo- 
fées. Or quand par fenfibilité un aban;- 
donne ce côté-là, & qu’on s’accoutume 
à manger de l’autre, la membrane com¬ 
mune 



D E s t> É N T s. SS 

mune à la racine & à Talveale refle fou- 
vent gonflée ; l’hÉraeuf qui s’y trouve 
arrêtée devient acre & telîeiuent corro- 
five qu’elle ronge yeu-^à-peu cette mem- 
bi'ane, la racine enfin fe défTeche & ‘de¬ 
vient corps étranger ; d’où s’enfuiverit 
des fluxions plus ou rtibins fréquentes , 
ainfi que plulieurs autres accidens , félon 
les difpofitions du fùjet. On évitera ces 
facheufes fuites, en fe conduifant, comme 
je l’ai marqué, dans le cours de la flu¬ 
xion, c’eft - à - dire, en faifânt évacuer la 
matkre, quand il s’en fera formé, & en 
mangeant enfùite peü-à-peüfùr les Dents 
malades. .Les membranes des racines 
qui fe trouvent alors gonflées étant com¬ 
primées de toute part, pendant la mafti- 
cation, cette compreffion chalTe le fluide 
qui croupit «dans les gencives , î’alveo- 
le en m.ême tems fe reflèrre & contient 
la Dent qni par ce moyen redevient fb- 
lide, infenfible, ôe d’aufli bon fervice 
que les autres. 

.Les Dents creufes dont le nerf eft à 
découvert, & fur lefquelles par cette 
raifon on ne peut manger fans douleub, 
*■ fe dégradent encore plus par l’inaétion. 
11 faut donc obferver tous les matins 
C 4 d’en 



56 Conservation 
d’en bien enlever le limon, & quand 
on mange y faire paflèr les alimens 
qu’on a broyés du côté qui n’eft pas 
fenfible, afin qu’ils puiflent emporter le 
limon qui peut refter fur ces Dents, & 
que les gencives s’engorgent moins : 
cai- il efl certain que les meilleures Dents, 
quand on ne les fait point travailler, 
s’ébranlent & donnent de l’odeur. 

Voilà les foins que l’on doit apporter 
loi-même , lorfqu’on a des Dents gâtées, 
foit pour les conferver le plus qu’il eft 
poffible, foit pour éviter la mauvaife 
odeur, & plufieurs autres inconvéniens. 
J’ofe alfurer qu’avec cette conduite on 
confervera les trois quarts des Dents 
que l’on fait ôter , ou qu’on laifTe per¬ 
dre , faute de foins ou d’attention. 




CH A- 


D E s* D E N T s. 57 


CHAPITRE VII. 

Soins journaliers qu'il efl nécejfaire de dort- 
ner foi-même à Jes Dents , quelques fai¬ 
nes qiêelles puifent être , pour en con- 
ferver la blancheur-, les tenir propres 
les préferver de mauvaije odeur. 

L Es Dents à tout âge exigent des 
foins, & ces foins fe multiplient 
néceflàirement avec les années, ou félon 
la complexion de chacun. 

On nous demande tous les jours ce 
qu'il faut faire à fes Dents , foit pour 
les préferver de maladie,lbitpour les en¬ 
tretenir propres J mais tout ce que nous 
pouvons dire efl bientôt oublié, & nous 
fbmmes obligés d’ailleurs de nous bor¬ 
ner à des idées générales qu’une infinité 
de circonflances rendent infuffifantes. 
Cependant , comme les exceptions ne 
détruifent jamais la réglé, j’ai crû de¬ 
voir donner ici une pratique courte, 
^fée, mais fûre, dont dépend beaucoup 
fa confervation des Dents. 

C 5 5 . I. 




58 C^O N s E R V A*T I O N 

§ h 

Soins de mts les jours dans Pétât ordi¬ 
naire. . 

. Lors même qu’on a les meilleures 
Dents, & que les gencives font en bon 
ctat^ il y a des foins inévitables qu’on 
ne peut trop recommander , &c dont la 
négligence eü punie par toutes fortes 
d’inconveniens. 

Après que l’on a fait nettoyer les 
Dents, &c qu’elles font exaélerqent dé- 
barralTées du tartre , dont les moindres 
vefliges rendent fans effet les foins ordi¬ 
naires , pour empêcher qu’il ne s’y en 
amaflè de nouveau , il faut tous les mat- 
tins commencer par bien fe grater la 
langue. 

Quand-tout le limon efl emporté , il 
faut paflèr un cure - dent de plume en¬ 
tre toutes les Dents y fàns trop d’efïbrt, 
pour enlever le fédiment qui s’y forme 
pendant le fommeil, & pour taire dé¬ 
gorger le fàng arrêté dans les pointes 
des gencives qui rempliffent les inter¬ 
valles des Dents. L’ouvrage du. cure- 
dent 



^DEs Dents. 59 
dent fini, on doit fe bien nettoyer la 
bouche, c’eft - à - dire y les gencives , 
& les Dents avec-une petite éponge 
fine , qu’on a trempée dans de l’eau tie- 
de. On peut fi l’on veut mettre dans 
cette eau quelques goûtes d’eau ballà- 
mique & fpiritueufe , telle qu’on peut 
en trouver chez tous les Dentifies. Si 
les gencives faignent trop facilement, 
il faut qu’il y ait les deux tiers d’eau 
commune. On porte l’éponge fur la 
gencive , & en appuyant un peu on la 
ramene chaque fois vers l’extrémité des 
Dents, & non en travers. Cette épom 
ge ainfi prefTée fur la gencive & lur la 
Dent fait Ibrtir le limon qui peut s’être 
glilTé fous la gencive , & fur la racine 
de la Dent, quand les gencives font 
engorgées : elle oblige aufli les petits 
vaiflèaux qui font trop pleins de fe rom¬ 
pre , ce qui dégorge les gencives , & 
♦lempêche qu’en fe relâchant , elles ne le 
détachent du collet de la Dent. 

L’éponge qu’on trempe à plufieurs 
reprifes étant bien promenée fur toutes 
les Dents, tant en dedans qu’en dehors, 
ainfi que fur les gencives, emporte tout 
ce qui a pû s’amafièr fur ces parties, & 
C 6 •' rend 



Conservation 
rend la bouche fraîche & fans, odeur. 
On finit cette opération par fe bien rin¬ 
cer la bouche. 

Il efi: bon tous lés 5 ou 4 jours de fe 
fervir d’une petite racine bien douce ôc 
bien préparée, pour emporter la crafle 
qui ternit la Dênt. On trempe un in- 
flant le bout de cette racine dans de 
l’eau tiede ; après quoi on la •pafle fur 
toutes les Dents, en commençant 'au 
bord des gencives, 6c en la ramenant 
jufques à l’extrémité de la Dent, Il 
faut de temps en temps retremper 6c 
agiter dans l’eau la racine ,^afin de la 
débarralfer du limon qu’elle a enlevé 
fur les Dents. Quand on a parcouru 
toutes les Dents de cette maniéré, il 
faut y repafler l’éponge 6c rincer là 
bouche. 

Tous les vingt jours > ou tous les 
mois, il faut employer la poudre, fi on 
s’apperçoit que malgré les foins qu’on a 
pris les Dents’ perdent de leur blan-'* 
cheur , 6c plus fouvent fi le cas le re¬ 
quiert. Comme les Dents peuvent le 
ternir par l’ufage de certains alimens ou 
de certaines drogues , pour leur redon¬ 
ner leur blancheur, il efi nécelTaire 
d’ufer 



D E S D E N T S. 5l 

d’ufer un peu plus fouvent de la pou- 
<dre. 

Certaines perfonnes , pour avoir les 
Dents plus blanches , les frottent tons 
les matins , fbit avec une racine foit 
avec de la poudre, de l’opiât, ou d’au¬ 
tres drogues, pendant î’efpace d’un 
quart d’iieure ; mais par luccelTion de 
temps elles en détruifent l’émail, & 
par conféquent la blancheur ; car tous 
frottenf^ns faits avec les chofes même 
les plus douces, lorfqu’ils font trop réi¬ 
térés , dégradent à la longue le corps 
le plus dur. • Les rnarches ou les dé- 
grés de pierre s’ufent par le feul frotte¬ 
ment de la femelle du foulier ; l’eau 
qui tombe par goûtes d’un toit creulè 
auffi la pierre la plps dure : il efl donc 
aifé de comprendre que les frottemens. 
multipliés détruifent l’émail des Dents. 

Il ne faut par cette raifon fe frotter 
tous les jours les Dents, qu’autant qu’il 
eft néceffaîre pour ôter la cralTe ou le 
limon qui peut s’y trouver , 8c- ne pas 
aller plus loin. On conçoit que certai¬ 
nes perfonnes qui ont plus de difpofi- 
tion à contradler ce limon, doivent pour 
le détruire frotter leurs Dent^ plus long- 
tems, 


(52 Conservation 
temps , & fe fervir aufîl plus fbuvent 
de racine, de poudre, & d’ôpiat. Mais* 
le frottement ne doit durer qu’autant 
qu’il faut pour enlever cette pâte gralïè 
êc vifqueufe., qui dégénéré en tartre: 
avec un peu de précaution on n’^agira 
que fur la partie qu’il eft quellion de 
nettoyer , & non fur, l’émail qu’on ne 
peut trop ménager. 

Quand on veut mettre la poy^lre en 
ufage , après avoir trempé une racine 
dans un peu d’eau , & enlliite dans de 
la poudre ^ on la palTe fuç fes Dents , 
toujours dans le fens que je recomman¬ 
de 5 on les frotte fuffiiàmment pour en¬ 
lever le limon qui ternit l’émail , & 
l’on finit par lè rincer la bouche. 

Lorfqu’on veut erhployer l’opiat , on 
en prend au bout du doigt environ de 
la grofleur d’un poix j on l’étend fur la 
gencive & fur la Dent , toujours en 
allant vers l’extrémité , & non en tra¬ 
vers ; on frotte avec l’opiat ces deux 
parties pendant l’efpace ' d’une minute , 
ou plus, fuivant que les gencives ou 
les Dents peuvent le requérir , & l’on 
en reprend autant de fois qu’il eft nécef- 
faire , poiA en étendre fur toutes les 
Dents 



Ces Dents. 

Dents & les gencives. Quand cette 
opération eft bien faite , tant en dedans 
qu’en dehors, on fe lave enfuite la bou¬ 
che. 

La propïeté demande encore quelque 
foin après le^epâs ; l’affaire du cure- 
dent eft dé rechercher les débris de la 
maflication qui peuvent être reftés en¬ 
tre les Dents. On les effuye bien en- 
fuite avec une ferviette , ou avec une 
petite éponge trempée dans l’eau tiede, 
& l’on fe rince bien la bouche. Cet 
mfage , qu’il eft aifë de faire^ pafter en 
habitude ,■ doit n’êtré jamais négligé. 

Soins journaliers deTtiah^ent les DentSy. 
^ les Gencives malades. * 

Les Dents qui fe couvrent facilement 
de limon, font celles des perfonnes dont 
Feftomach ne digère pas bien, oupeche 
de quelque autre maniéré. Ceux qui 
ont une pituite vifqueufè & la falive 
épaiflè, ont les Dents fujettes à fè cou¬ 
vrir de limon pendant le fbmmeil, de 
façon qu’en s’éveillant ils ont toujours 



(54 Conservation 
la bouche pâteufe. Ces fortes de per- 
fonnes doivent donc avoir plus de foin 
de leur bouche que d’autres , & voici 
ce qu’elles ont à faire. 

. Tous les jours en fè levant on grate- 
ra bien fa langue , on parfera une plu¬ 
me entre les Dents , & on les frottera 
avec une racine bien douce & bien pré¬ 
parée. Enfuite on fe lavera les Dents 
& les .gencives avec une éponge fine 
trempée comme je l’ai dit , dans de 
l’eau tiede , où l’on mettra la quatriè¬ 
me partie d’une eau appropriée. Ce qui 
refiera de cette eau fervira à fe rincer la 
bouche. 

Après le répas il ne faudra pas négli¬ 
ger de pafïçr la plume entre toutes fes 
Dents , & de fe rincer encore la bou¬ 
che. 

Les perfonnes qui font à portée d’a¬ 
voir de bon vin blanc , s’en ferviront 
après le repas, au lieu d’eau pour fe 
laver la bouche ; elles y porteront mê¬ 
me le doigt pour en frotter leurs gen¬ 
cives , en allant toujours à l’extrémité 
des Dents. Ceci doit fe faire après que 
le cure - dent a pafTé entre toutes les 
Dents f qu’elles font débarralTées des 
rejfles 


DES Dents. 6 ^ 
reftes de la maflication qui ont pu s’y 
infînuer. On finit par fe bien elTuyer 
les Dents avec une ferviette. 

Comme le limon de cette elpece eft 
ordinairement acide & fi corrofif qu’il 
ronge non - feulement les Dents , mais 
encore les gencives j après d’être fervi 
de la racine -de Guimauve , 6c du cure- 
dent , il faut ufèr tous les matins d’un 
opiat fait avec le fang de dragon 6c l’os 
defleché en poudre bien mêlés enfem- 
ble, 6c incorporés avec le miel de Nar¬ 
bonne , jufques à ce qu’il Ibit d’une ju- 
fte confidence. On en prendra fur le 
bout du doigt pour en frotter les gen¬ 
cives ; 6c enfuite on fe lavera la bou¬ 
che , comme il eft dit ci - deffus dans 
l’opération du matin. Si les gencives 
font dures , rouges , gonflées 6c dou- 
loureufes i il faut les détendre tout Am¬ 
plement à force d’y palTer de l’eau tic' 
de que l’on roulera dans la bouche ; on 
les pique enfuite légèrement®, on les 
preflè avec le doigt , 6c on les fait 
faigner le plus qu’il eft poflible. Il faut 
ufer de l’opiat ci - deflus deux ou trois 
fois le jour , jufques à ce que les gen¬ 
cives foient remiles dans leur état natu¬ 
rel. 



66 Conservation 
rel. Les glandes des gencives qui font 
alors <)b'^^rüées fê dégageront &c filtre¬ 
ront la falive à l’ordinaire. 

Quand les gencives font fongueufes > 
excroiffantes^, Sz mokffes , fens être 
douloureufes ni fort gonflées , il faut 
prendre u»e once de fang de dragon , 
deux gros de crème de tartre , & deux 
gros d’alun calciné : le tout réduit en 
poudre très - fine & bien mêlé , on en 
fait un opiat avec le miel de Narbonne. 
On s’en fert tous les matins jufques à 
ce que les gencives foient rétablies 
puis on en ulë de deux jours l’un, plus 
ou moins fouvent, félon que les genci¬ 
ves ont de la difpofition à pouffer , & 
que les. Dents font fujettes à fe falif. 
On s’en tiendrà les autres jours à la ra¬ 
cine de Guimauve ; mais fi, malgré f’u- 
fage de cette racine , les Dents fe ter- 
nilTent & perdent leur éclat , on peut 
fe fervir de l’opiat même , ou de la 
poudre; en un mot dans tous les cas 
où la blancheur des Dents s’altere , 
pourvu que ce foit avec précaution , 
e’eft-à-dire , qu’àprès avoir enlevé ce 
qui peut ternir la Dent , on n’en frotte 
point trop l’émail à nud ; car il en eft de 
nos 



DES Dents. #7 

nos topiques comme de tous les médi- 
camens , qui font làlutaires ou perni¬ 
cieux , fuivant l’application qu’on en 
fait. 

Pour détruire la lôurce de ce limon"', 
il faut attaquer les caufes qui le produi- 
fent, 8c ceci regarde les Medécins ou 
les Chirurgiens. Il feut auffi , malgré 
tous les Ibins qu’on pi'atique, faire fou- 
vent yifiter fes Dents , pour mettre le 
Dentifte à portée d’arrêter les progrès 
du mal que le limon peut produire. Les 
perfonnes. qui lans être fujettes au tar¬ 
tre ni au limon ont les gencives mala¬ 
des , c’eft-à-dire , gonflées, doulou- 
xeufes ou excroiflantes , ôc fongueules, 
doivent faire de même ufage de l’un ou 
l’autre opiat, 8c ils préféreront l’un à 
l’autre, fljivant l’exigence du cas. Mais 
fi après en avoir ufé pendant queîqüe 
tems , la maladie fubfifle encore , il 
faut confulter les gens de l’Art , pour 
s’affurer fi la maladie n’eft pas produite 
par qirelque Dent gâtée , par le défaut 
de l’alveole,- par plénitude de fang ou 
d’humeurs, par l’effet d’une lymphe fe- 
reufe qui peut le trouver infiltrée dans 
les gencives , 8c qui par fon épanche- 



6^ Conservation 
ment les détruit, par le vice de la fali- 
ve ou de l’eftomaeh , enfin par un vice 
fcorbutique, ou quelque autre vice in¬ 
térieur. Un Dentifie expérimenté en 
découvrira,bien la caufe, & une mala¬ 
die connue eft à moitié guerie. 


CHAPITRE VI IL 

Des caufes qui donnent de Vodeur à la 
bouche ) é" des moyens d'y remédier. 

L Es caufes qui donnent de l’odeur, 
ibnt internes ou externes. Les 
premières proviennent ordinairement ou 
des vices de l’efiomach , ou des mau- 
vaiies digeftions , ou de la trop grande 
quantité de viande que l’on a mangée, 
ou de la plénitude des humeurs. Tou¬ 
tes ces difpofitions rendent la bouche 
pâteufe , lui donnent une odeur forte 
ou cadavereufe , telle qu’en exhalent 
certains malades. 11 faut y ajouter en¬ 
core les fluxions qui futviennent aux 
gencives, ôc les dépôts qui s’y forment 
par divers engorgemens provenant fqit 



DES Dents. 6 ^ 

de plénitude, foit de quelque vice in- ‘ 
térieur, l’obftruélion de leurs glandes, 

6 e les fuintemens qui fe font aufll entre 
la gencive Ôc la racine de là Dent, en¬ 
fin répailfiflèment, ou la vifcofité de la 
falive 6c de la pituite. 

Les caufes externes font le limon qui 
s’attache aux Dents ôc fur la langue ; le 
tartre qui provient du limon;‘le fang 
qu’il fait fejourner 6c croupir dans les 
gencives; le fèjour des alimens dans 
l’interftice des Dents; le mauvais état 
des Dents gâtées ou ébranlées qui em¬ 
pêchent de manger du côté malade; 
les maladies qu’elles produifent auffi 
quelquefois dans les gencives ; 6c mê¬ 
me les Dents artificielles qui produifent 
ici à - peu - près les mêmes inconveniens 
que les Dents naturelles , lorfqu’on ne 
les fait point travailler, ou qu’on n’y 
donne pas les foins que je prefcris dans 
cet ouvrage. On peut ajouter à ces 
caufes un excès, dont, quoiqu’on en 
dife, les hommes aujourd’hui ne font 
pas plus exempts que les femmes : c’eft 
de parler trop ôc trop long-«tems. A 
force de parler en effet, la bouche sՎ 
chauffe , & la falive s’aigrilfant, l’halei- 
ne 



70 Conservation 
ne devient forte & defagr-éable. Si j’ai 
un peu généralifé cette derniere caufe, 
il efl; aifë de voir que j’ai principale¬ 
ment en vue les Prédicateurs, les Avo¬ 
cats , & tous ceux ' qui font obligés par 
état de parler en public. 

Il me refie à donner les moyens de 
remédier en particulier à chacune des 
caufes ihternes & externes que je viens 
feulement d’indiquer. 

Premièrement, il faut obferver de ne 
point trop manger de viande, ni de fur- 
charger fon eftomach-, pour que la di- 
geftion fe falïè aifément; car fi leflo- 
mach efl accablé d’alimens, le long 
fejour qu’ils font obligés d’y faire pro¬ 
duit des raports incommodes & fouvent 
fétides. Si l’eftomach efl rempli d’hu¬ 
meurs ou vicié de quelque façon que 
ce foit, ce qu’il ne fera pas difficile aux 
gens de l’Art de reconnoître, il faut 
pour diffiper la mauvaife odeur qui fè 
fait fentir dans la bouche., évacuer da- 
bord l’humeur & rétablir l’eflomach 
par les reraedes convenables ; ceci efl 
l’affaire des Médecins, ôc voici la nôtre. 
Pendant le cours des remedes, il faut 
plufieurs fois le jour, ou toutes les fois 
que 


DES Dents. 71 

que l’on fentira fa. bouche ^âteule & 
defagréable, le bien racler la langue, 
& laver là bouche avec une petite 
éponge trempée dans une eau balfami- 
que. , La bouche par le moyen de cet¬ 
te eau reliera fraiche & fans odeur une 
grande partie de la journée, fauf à ré¬ 
péter une ou d’eux fois par j[our. Quand 
î’odeur yi^nt de la falive ou de la pitui¬ 
te, pendant l’ufage des remedes qui 
vont à la Iburce du mai, il faut aulïi 
de tems en tems fe •ratilïèr la langue, 
,8c fe laver la bouche. Si l’odeur pro¬ 
vient de quelque fluxicai, ou de quel¬ 
que engorgement aux gencives , il faut 
les dégorger ôc évacuer le fang qui s’y 
ell corrompu par Ibn long féjour. Si 
la fluxion ou l’engorgement des genci¬ 
ves efl procîuit par plénitude du fang 
ou de l’humeur, il faut en diminuer le 
volume par la faignée 8c les purgatifs. 

Si la fluxion efl caufée par quelque 
Dent, on doit ôter cette Dent malade, 
s’il n’y a pas d’autres moyens de gué¬ 
rir ; mais fi cette Dent efl: infenfible , 
pour en diiïiper la mauvaife odeur , il 
fuffira de la plomber, ôc l’on obfervera 
de manger deifus. Si les glandes des 
gen- 


72 Conservation 
gencives font obftruées, il faut travail¬ 
ler à les dégager tant par les remedes 
intérieurs, que par les opiats convena¬ 
bles qu’on portera fur ces parties. A 
mefure que les glandes fe débar rafleront, 
la filtration qui doit s’y faire reprendra 
fon cours, &c l’odeur caufée par l’inter¬ 
ruption des fluides fe dilfipera. 

Lorfque les gencives fuintent ôc.pro- 
duifent une matière blanchâtre & gluan- % 
te, il faut faire arrêter ce fuintement 
de bonne heure,' par les moyens que 
i’ai marqués dans mon Livre, tome i, 
p. 275. Si la mauvaife odeur de la 
bouche provient de quelque fiftule aux 
gencives, il faut ôter la Dent qui la 
produit; fi elle eft caufée par quelque 
ulcéré Icorbutique, pour le difliper, il 
faut s’occuper efficacement à détruire 
la maladie, tant par les remedes inté¬ 
rieurs que par les topiques de l’Art : & 
dans tous ces differens cas, il faut avoir 
foin de tenir fa bouche très propre de 
la façon que je l’ai dit. 

Quand l’odeur eft produite par le 
tartre, ou par le féjour des alimens dans 
les intérftices des Dents, il eft aifé d’en 
ôter la caufè, fbit par l’enlevement du 
tartre, 


• DES Dents. 73 
tartre, foit par l’ufage du cure-dent. 
Si enfin la mauvaifè odeur provient de 
quelque Dent gâtée ou trop ébranlée 
fur laquelle on ne mange plus, il faut la 
faire ôter plutôt que d’avoir une telle 
incommodité. 

A l’égard, des Dents artificielles, en 
y aportant les foins que je prefcris dans 
le chapitre fuivant, on ne doit pas crain¬ 
dre qu’elles puilTent jamais caufer au¬ 
cune odeur. 


CHAPITRE IX. 

Soins qi^il faut donner aux Dents artiji- 
cielUs f pour la propreté de la bouche. 

L Es perfbnnes qui ont des Dents 
pofliches, ne font pas plus dilpen- 
fées d’y donner certains foins qui coû¬ 
tent fort peu, foit pour les confèrver 
blanches, Ibit pour la propreté de leur 
bouche, que celles qui ont leurs Dents 
naturelles. La matière des Dents arti¬ 
ficielles eft la Dent du cheval-marin, 
& non de l’yvoire comme bien des 
D gens 



74 Conservation* 
gens fe rimaginent ; ou bien ce font des 
Dents humaines. La Dent du cheval- 
marin par elle même n’efl: fulceptible 
d’aucune odeur: fi par hazard elle en 
donne) c’eft que les Dents qui en font 
faites ) ou ne font pas bien placées ou 
font fort négligées par ceux qui les por¬ 
tent. Il faut donc tous les matins en¬ 
lever avec le cure- dent le limon qui 
eft entre les Dents ; puis les bien frot¬ 
ter avec une éponge trempée dans de 
l’eau tiede, avec quelques goûtes d’eau 
fbuverame, ou de quelque eau fembla- 
ble. Tous les deux ou trois jours il ell 
bon d’y palTer de la poudre ou de l’o- 
piat, comme fur les Dents naturelles. 

Bien des perfonnes fe figurent que ) 
pour fe faire mettre de fauflès Dents, 
il faut auparavant fe faire ôter les chi- 
co.ts ou racines : c’efl: tout le contraire. 
Les chicots font de bonnes bafes fur 
lefquelles on alTeoit l’édifice. On y 
ente auffi avec un pivot ou un tenon 
d’or des Dents naturelles, & ces Dents 
font auffi folides que nos propres Dents, 
fans qu’il foit néceffâire de les attacher 
aux Dents voifînes, enforte qu?il n’efl: 
pas rare d’en voir diver pendant fix ans 
& 



DES Dents. 

& plus fans le -fecours du Dentifte. Ces 
Dents mortes, quand elles font bien 
placées, imitent fi parfaitement les Dénts 
vives, qu’il n’eft prefque pas poffible 
qu’un Dentille les reconnoilïè. On y 
mange auffi bien que fur fes propres 
Dents, & elles font bientôt naturalifées 
au point d’être diflinguées à peine des 
perfonnes mêmes qui les portent. 

On fait très-bien tenir une pièce de 
Dents artificielles plus ou moins éten¬ 
due , que l’on fixe avec des fils.d’or fur 
les Dents voifines qui les maintiennent 
en place pendant plufieurs années. Il 
y a même des perfonnes qui après avoir 
appris de nous la maniéré de les attacher 
Ç ce.qui efl fort aifé, fort fimplé ,) fo 
les attachent elles-mêmes fort bien avec 
des fils ordinaires qu’elles renouvellent 
à leur gré, 8c c’eft alors qu’il efl né- 
cefïàire pour la propreté de les renou- 
veller fouvent. 

C’efl: une erreur de croire que quand 
on n’a plus de Dents, il n’ell plus pof¬ 
fible d’en faire tenir d’artificielles. Il y 
a*un grand nombre de perfonnes qui en 
ont les deux mâchoires garnies, fans 
qu’il leur refte une feule Dent naturel- 
D 2 . le 



7^ Conservation 
le pour les tenir. Nous avons furmon- 
té cette difficulté , & nous avons trou¬ 
vé les moyens de faire tenir ces fortes 
de Dents avec des reflbrts. Il eft vrai 
qu’il n’eft pas aifé de bien exécuter cet¬ 
te opération, & que tous les Dentiftes 
ne réuffiffent pas : mais quand on aura 
bien étudié M. Fmchard fur cette ma¬ 
tière , & qu’on y joindra les obferva- 
tions que j’ai faites dans mes Recherches, 
on y parviendra furement. 

Quand ces fortes de pièces font bien 
prifos dans leurs dimenfions & qu’elles 
font bien placées, que les refforts en 
font bien faits & jouent bien, on a l’a¬ 
vantage non-feulement d’avoir un or¬ 
nement de plus qui aide à la pronon¬ 
ciation, mais encore de manger bien 
plus aifément que fi l’on n’avoit point 
de Dents. 

Les perfonnes qui portent de ces for¬ 
tes de pièces, avec un peu de propre¬ 
té , ne font nullement fujettes à avoir de 
l’odeur, comme on l’efl à un certain 
âge, quand les Dents font ébranlées ; 
parce qu’ordinairement alors les geifti- 
ves ne cefTent de fuinter jufqu’à ce que 
les Dents foient toutes tombées. Les foins 
qu’il 


DES Dents. 77 

qu’il faut aporter à ces fortes de pièces, 
confiftent à les ôter tous les matins, ce 
qui eft auffî facile que de les remettre ; 
à les bien nettoyer- avec une petite brof- 
fe; & à les frotter de tems en tems 
avec un peu de poudre pour les tenir 
blanches. Il faut aulTi tous les fept ou 
huit jours regarnir les reflbrts de la 
façon que le Dentifle l’aura montré. 
C’eft ainfi que les Dents atificielles bien 
faites & bien mifcs , pour peu qu’on ait 
loin de les tenir propres, ne font non 
plus fufceptibles d’odeur que nos pro¬ 
pres Dents. Mais il faut, comme je 
l’ai dit , obferver de manger delîus. 
Les perfonnes auxquelles il peut relier 
des Dents. foibles, ou qui auront les 
gencives molles, ce qui les gêneroit en 
mangeant , auront l’attention de m⬠
cher les alimens plus ou moins fur les 
autres Dents, & de les ramener enfui- 
te fur les Dents faélices, afin d’enlever 
le limon qui pfturoit s’y être attaché, 
& d’empêcher les gencives de s’engor¬ 
ger par* leur inaélion. Après le repas, 
il faut encore obferver d’ôter les alimens 
qui peuvent être refiés dans ces Dents, 
èc de les bien laver avec une éponge, 
D 3 • ou 



78 Conservation 
ou du moins de les efîuyer avec fa fer- 
viette. 


CHAPITRE X. 

5. I. 

Injtniüions nécejfair.es pour les Perés 6*. 
Meres de famille , pour^ ceux qid éle- 

vent des enfans. 

I L eft très - important de donner quel¬ 
ques inftru étions aux perfbnnes qiii 
par état ont befoin d’être éclairées fur 
les principales circonflances de la Denti¬ 
tion > pour pouvoir procurer aux enfans 
les fecours de l’Art qui font toujours 
négligés > quand la néceffité n’en eft pas 
connue. 

Quoique j’aie parlé dans mon Livre 
des defordres 8e des accidens qui dé van- 
cent ou accompagnent? -la fortie des 
Dents, ainfi que des moyens de les évi¬ 
ter ; quoique la matière y foit* traitée 
amplement, pour rendre ce petit ouvra¬ 
ge plus utile, je vais dire un mot des 
foins qu’il faut donner aux enfans dans 




DES Dents. 79 
le tems que leurs Dents croiflènt & veu¬ 
lent percer. 

Le Ptialifine ou la falivation annbnce 
que la Dent pouflè & eft arrivée à la 
gencive. Alors il faut la frotter de 
tems en tems avec du jus de citron, 
dont ori a le doigt bien trempé , jufqu’à 
ce que la Dent foit découverte , & la 
gencive divifée : on fait la même chofe 
à chaque Dent qui perce. Il faut met¬ 
tre de bonne heure en ufage ce jus de 
citron, &'ne point attendre que la gen¬ 
cive foit enflammée. 

Quand les Dents caufent le dévoye- 
ment en fe formant ou en perçant, c’eft 
d’ordinaire un bien pour l’enfant , que 
ce dévoyement garantit fouvent d’autres 
accidens plus fâcheux. Cependant il 
faut obferver de ne pas lui donner de 
bouillie , ou de lui en donner peu & lé¬ 
gère , & de ne point non plus furchar- 
gerfon eftomach de trop de'lait, jufqu’à 
ce que le dévoyement foit pafle. Car fi 
vous ne lui retranchez point une partie 
de cette nourriture , comme il fè trouve 
alors dans fon eftomach certains acides 
qui font aigjir & cailler le lait ou la 
bouillie , il aura des indigeftions conti- 
D ^ nucl- 



go CoNSER VATIO N 
nuelles ; le dévoyement augmentera & 
deviendra dangereux. Dans ce cas l’en¬ 
fant qui eft altéré prendra facilement du 
bouillon qui le foutiendra , 6c qui fe di¬ 
gérera mieux que la farine 8c le lait. 
Il ne faut pas manquer d’appeller alors 
un Médecin, ou un Chirurgien , pour 
travailler plus efficacement à arrêter le 
progrès de la maladie par le moyen de 
quelques petits remedes. 

Si malgré cela la fievre devient con- 
liderable, 6c fi l’enfant a des convulfions, 
il ne faut pas héfiter à appeller un Den- 
tiffe pour qu’il découvre les Dents qui 
veulent percer. Si la Dent qui eft par¬ 
venue à la gencive n’eft point affèz éle¬ 
vée , il faut faire emporter la gencive, 
afin d’éviter qu’elle ne le réunit 6c ne 
reproduife quelque autre accident. Cet¬ 
te petite opération eft bien plus effrayan¬ 
te pour les pareils, que douloureufe pour 
l’enfant même. J’ai décrit dans mon 
livre la maniéré de la faire avec fuccès. 

Les Dents de lait forties , l’enfant à 
quatre ans, quatre ans 6c demi, ou cinq 
ans , fe trouve encore tourmenté par les 
premières greffes molaires , qui font le 
nombre de vingt - quatre Dents, quand 
elles font venues. A 



DES Dents. 8i 

A mefure qu’elles s’offifient & s’élè¬ 
vent , elles dilatent les parois des alvéo¬ 
lés , 6c diftendent les membranes qui les 
couvrent. 

Souvent l’enfant eft trifte, perd l’ape- 
tit , maigrit à vue d’oeil , 6c fe trouve 
tourmenté d’une fievre lente, làns.qu’on 
fâche à quoi en attribuer la caufe j 6c 
cet état dure plus ou moins de tems, fui- 
vant les difpofitions du fujet. Quoique 
à cet âge - là , les molaires produifent 
ces fortes d’accidens , elles ne paroiflent 
ordinairement qu’un ou deux, ans après. 
J’ai même remarqué que la plus part des 
enfans qui étoient malades pendant l’ac- 
croilfement de leurs Dents, ne l’étoient 
pas de même quand elles perçojent. 

Mais pour être^ certain lî c’ell l’ac- 
croilTement des Dents qui produit le 
mal, il faut faire examiner les gencives 
par des gens de l’Art, qui reconnoî- 
tront aifément fi les parois des alvéolés 
font écartés par l’élévation de la Dent. 
Quand les accidens fubfifîent trop long- 
tems, 6c que malgré tous les remedes 
l’enfant dépérit de jour en jour, quoi¬ 
que la Dent ije fafîè point encore d’é- 
D 5 minence 


S 2 Conservation 
minence à la gencive, fi l’on veut 
promptement tirer l’enfant de ce fâcheux 
état, il faut débrider le péri - maxillaire 
d’où vient tout le mal : c’eil ce qu’on 
fait en ouvrant la gencive, & en divi- 
fant cette membrane. Cette opération 
fuffit,,faas qu’il foit befoin d’emporter 
la gencive, attendu que la Dent n’eft 
pas encore prête à y arriver, & je l’ai 
faite fouvent avec beaucoup de fuccès. 
J’ai aufli guéri des enfans dans un cas 
pareil, en leur ôtant fimplementla der¬ 
nière molaire de lait. Comme cette 
opération eft toute nouvelle, en voici 
les motifs & le refultat. 

Il faut remarquer qu’à la fortie de 
cette Dent, la mâchoire de l’enfant a fi 
peu d’étendue qu’elle, eft forcée de s’é¬ 
largir par les efforts que fait en pouf¬ 
fant la molaire , parcequ’elle eft genée 
d’un côté par la Dent de lait voifme & 
de l’autre par l’apophyfe coronoide, fi- 
tuée à l’extrémité de la mâchoire : car 
cette Dent prend d’abord en s’oflifiant 
toute la groflèur qu’elle doit avoir, pour 
fe garnir enfuite intérieurement, après 
quoi la racine fe forme. .Or la préfence 
de la Dent encore renfermée dans la m⬠
choire 



DES Dents. 85 

choire comprime & dilate avec force 8c 
l’alveole 8c le périofle qui l’environne, 
ce qui irrite ces parties 8c occafionne 
tous les accidens dont j’ai parlé. Dans 
ces circonftances, fi on ôte la Dent de 
lait qui efi à côté, on débride en partie 
par Fextraélion le périofle ; on fait pla¬ 
ce à la Dent qui s’accroît, 8c ainfi les 
accidens doivent fe calmer. Il en efi: 
ici comme des Dents de fagefle, qui ne 
trouvant pas de place, caufent beaucoup 
de douleur ; il s’en trouve même qui ne 
peuvent fortir, 8c le malade ne guérit 
qu’en ôtant l’avant-derniere. 

Vers l’âge de dix à onze ans, on voit 
quelquefois arriver les mêmes accidens , 
& il y a tout lieu de croire qu’ils font 
produits par les Dents. 

Quand ce font des filles, on attribué’ 
fouvent cet état aux réglés qui veulent 
■ s’établir, tandis qu’il provient des Dents 
qui percent vers l’âge de treize ans. 
Maintenant que l’on efl inftruit des ra¬ 
vages que les Dents font long-tems avant 
que de percer, ainfi qu’en perçant, lorfi 
qu’à ces âges les enfans feront incom¬ 
modés, il ne faut pas négliger d’appel- 
1 er les habiles gens de l’Art, qui déci- 
" D 6 deront, 



84 Conservation 
deront, après un mur examen, de l’é¬ 
tat des Dents du fujet. 

5. II. 

Façon de conduire ou de gouverner la han¬ 
che des enfans, pour procurer un bel 
arrangement aux Dents , à mefure quel¬ 
les fe renouvellent. 

Bien des perlbnnes s’imaginent que 
pour procurer un bel ordre aux fécon¬ 
dés Dents, il ne s’agit que de leur don¬ 
ner beaucoup de place, ôc que l’on ne 
rifque rien d’ôter plufieurs Dents de lait 
du même côté, quoiqu’elles ne foyent 
point ébranlées. Il y a même des Den- 
tifles de réputation qui penfent de mê- 
jme. Pour moi je ne démeuble point la 
bouche des enfans fans- néceffité, ôc je 
penfe fur cela comme îCl, Capperon-, avec 
qui j’ai conféré fouvent fur nôtre art. 
Je n’ignore pas qu’il faut donner une 
place fuffifante aux Dents qui fe renou¬ 
vellent, pour leur faciliter un arrange¬ 
ment convenable ; je fçais que l’on pè¬ 
che en ménageant trop le terrain, com¬ 
me en voulant trop le prodiguer : & je 



DES Dents. 85 
penfe que l'habileté confifle à éviter l’u¬ 
ne Ôc l’autre de ces extrémités qui font 
fort pernicieufes. On mo difpenfera de 
rapporter toutes les raifons pour lefquel- 
les il ne faut pas ôter indifcretement 
trop de Dents de lait; les bornes que 
je me fuis prefcrites ne me permettent 
point de m’étendre fur cette matière. 
J’obferverai feulement que je vois Ibu- 
vent des perlbnnes d’un certain âge qui 
ont encore plufieurs Dents de lait, & 
que ces Dents ne leur font reliées que 
parce que les fécondés ont manqué, Ôc* 
n’ont point pris d’accroillèment. Si mal- 
heureulèment ces perlbnnes étoient tom¬ 
bées dans les mains de certains Den- 
tilles, qui ôtent les Dents de lait fans 
nécelîité, elles leroient dépourvues de 
Dents aux endroj^s, où ces Dents de 
lait fubfilient même dans un âge avancé. 
Je rencontre tous les jours des bouches 
qui ont été démantelées par cette prati¬ 
que. Ce n ell jamais la Dent de lait 
qui empêche la fécondé Dent de paroî- 
tre , ou de le déveloper ; ce n’eli jamais 
non plus cette Dent de lait qui ell caufe 
que celle qui vient lui fucceder fe place 
mal : c’efl toujours faute de terrain. Ce 



8(5 Conservation 
font les Dents voifmes qui gênent la 
nouvelle Dent , parcequ’elle eft plus 
large que cdle qu’elle vient rempla¬ 
cer. 

Quand la mâchoire a une étendue 
fuffifante, ôc que les Dents de lait ne 
gênent point les Dents qui fe renouvel¬ 
lent , il faut lailTer tomber les premières 
d’elles mêmes, ou lorfqu’elles font fort 
ébranlées, les ôter avec les doigts, ou 
avec un fil ; on peut alors fe palTer de la 
main du Dentifte. Mais pourquoi faire 
Ibuffrir inutilement des pauvres enfans? 
Pourquoi leur ôter fans néceffité des 
Dents, dont l’extraélion, quand elles ne 
branlent point, leur fait à-peu-près autant 
de mal que celle des Dents renouvel- 
iées, parce qu’aiors elles ont encore des 
racines fort longues. » 

Voilà plus de raifbns qu’il n’en faut 
pour ne point ôter les Dents de lait fans 
nécefiité. Il refte à pçefcrire la façon 
dont il faut conduire ôc gouverner la 
bouche des enfans. 

Quand les Dents de devant commen¬ 
cent à branler , que celles qui leurfucce- 
dent trouvent afièz de place, & qu’el¬ 
les ne font point génées par les Dents de 
lait 



DES Dents. 87 
lait voifines, il eft bon alors d’ôter ces 
Dents branlantes, lorlquHlesne tiennent 
prefque plus, de la façon que je l’ai dit, 
avec les doigts ou avec un fil. Quand 
les deux nouvelles Dents ne trouvent pas 
une place fuffifante , parce qu’elles font 
toujours plus larges que leurs devancières, 
il faut avoir recours au Dentifte, &c fai¬ 
re ôter la Dent de lait voifine, quoi¬ 
qu’elle ne branle pas, parce qu’elle gêne 
la nouvelle Dent, & l’empêche de fè 
bien placer. Cette Dent par ce moyen 
s’allonge fans peine, fe redrelfe naturel¬ 
lement , ôc fe place bien. 

Lorfque la fécondé Dent vient rem¬ 
placer la Dent de lait qu’on a ôtée, pour 
favorifer l’arangement de la première, 
cette fécondé Dent à fon tour ne trou¬ 
ve plus une place fuffifante pouf fe bien 
alligner ; il faut donc ici faire encore la 
même opération que pour la première , 
& ôter la Dent de lait voifine qui gêne 
la nouvelle. On fait fucceffivement la 
même chofe à toutes les Dents de lait 
qui gênent leurs voifines , à mefure qu’el¬ 
les fe renouvellent. 

11 eft bon de faire obferver que pen¬ 
dant ce renouvellement, qui commence 
vers 

*1 



88 Conservation 
vers râge de fix ou fept ans, jufques ^ 
quatorze ou quinze ans, la machoir® 
s’étend plus ou moins, ce qui donne d® 
la place aux fécondés Dents, toujour® 
plus larges que les premières , à l’excep¬ 
tion des deux molaires ■ de lait ‘ de cha¬ 
que côté de la mâchoire. Car les Dents 
qui viennent les remplacer font ordinai¬ 
rement moins larges d’un tiers que cel¬ 
les-ci ; de façon que quand on a conduit 
le renouvellement des Dents jufqu’à ces 
molaires de lait, que l’on ôte alors, leur 
abfence met à l’aife les Dents voifines, 
ôc celles qui les remplacent étant beau¬ 
coup plus étroites s’arrangent bien. 

Nous avons à chaquê* mâchoire dix 
Dents, qui pour l’ordinaire fe renou¬ 
vellent. Or comme on ne doit ôter les 
Dents de lait que pour faire place aux 
Dents voifines, qui lans cela ne pou- 
roient pas bien s’aligner, il peut arriver 
qu’une Dent de lait qu’on aura ôtée ne 
le renouvelle point, parcequ’il ne fe trou¬ 
ve point de germe pour une fécondé 
Dent ; mais il en refulte un bien. Les 
Dents qui alors font toujours gênées par 
l’infuffifance de la place, fe mettront à 
l’aife, ôc la brèche fe trouvera bouchée 
par 



D E S Dents. 8 p 

par les Dents voifines. Au refte quand 
on ôte les Dents de lait avec les précau¬ 
tions que j’ai recommandées, on ne crain¬ 
dra jamais qu’une bouche foit un jour 
dégarnie de Dents, puifque pour mettre 
les fécondés Dents à leur aife, on efl; 
tous les jours obligé d’ôter même de ces 
dernieres. 

Quand les Dents toutes renouvellées 
fe trouvent trop prelîees , pour les met¬ 
tre à l’ailè , pour leur donner un plus 
bel arrangement, & pour empêcher qu’eh 
les ne fe gâtent, il faut ôter à chaque 
mâchoire des deux côtés une des petites 
molaires. 

Lorfque la Dent-Canine qui efl poin¬ 
tue fe renouvelle la derniere, fouvent 
elle ne trouve plus de place & perce en 
dehors ; mais en ôtant alors la petite mo¬ 
laire voifine , cette Canine fe glifîèra 
d’elle même dans la brèche & la rem¬ 
plira en s’arrangeant bien. Il faut faire 
cette opération de bonne heure, &: dès 
que l’on voit cette Canine percer en def- 
füs. Il faut encore obferver d’ôter la pe¬ 
tite molaire de l’autre côté, afin que le 
demi cercle de la mâchoire loit uniforme’ 
des deux^côtés de la bouche; ce demi- 
cercle 



po Conservation 
Cercle fans cela fera plus bombé du côté 
de la mâchoire où l’on aura laifle fubfif- 
ter la petite molaire, que du côté op- 
pofé, ce qui défigure cette partie : & 
rend la mâchoire irreguliere. 

Quand les mâchoires font trop éva- 
fées, & que le demi cercle de la m⬠
choire a une forme defagréable , il faut 
de même de bonne heure ôter de cha¬ 
que côté la petite molaire; la mâchoire 
par ce moyen prend une forme plus agré¬ 
able , & le demi-cercle devient régulier. 

Quand la mâchoire inférieure avance 
êc dépalfe la fupérieure, le menton alors 
fait une faillie dont la difformité très- 
commune s’appelle trivialement Menton 
de Galloche. On peut corriger cette 
difformité par le moyen des plaques qui 
font gravées dans luon Livre; mais fi 
à l’âge de fept ans on a l’attention de fai¬ 
re ôter à l’enfant de chaque côté, feu¬ 
lement à la mâchoire inférieure , ( & 
jamais à la fupérieure) la première groflè 
molaire qui alors ne fait que de paroître, la 
mâchoire inférieure prendra un plus petit 
volume, tandis que la fupérieure, conjfèr- 
vant le fien, s’élargira même par le moy¬ 
en des greffes Dents qui viennent envi¬ 
ron 



DES Dents. 91 

ton à 13 ans.- Or ces groflès Dents 
rempliffant la brèche que les Dents ôté¬ 
es depui long-tems ont lailTée > elles ne 
feront point, comme à la mâchoire fu-* 
périeure, étendre le demi-cercle de Pin- 
férieure; celle-ci peu-à-peu avancera 
moins, & la faillie du menton fe trou¬ 
vera corrigée. Ce procédé tout nou¬ 
veau que je ne fais qu’indiquer, pourra 
fuggerer aux Dentiftes différons moyens 
pour reformer en plufieurs cas les defa- 
grémens du vifage. Le plan où je me 
fuis borné, ne me permet pas d’ajouter 
rien de plus fur cet objet. Mais M. 
Capperon , qui dans nos fréquens entre¬ 
tiens m’en a fait naître l’heureufe idée, 
doit publier inceflamment un ouvrage, 
où cette interéfïànte matière fera trai¬ 
tée de main de Maître, & ne laiffera 
rien à defirer. 

F I N, 


TA- 




TABLE 


DES CHAPITRES, 

CHAPITRE I. 

D e s caufes qui zàtent les Dents , 
des moyens de les prévenir. 

page 2.2. 

Ch AP. Précautions à prendre pour 
empêcher que les Dents ne fe gâtent par 
quelqt^une des caufes qu’on vient d’ex- 
pofer. 28 

C H A P. III. Des maladies é* autres cou- 
fes qui altèrent la blancheur des Dents 

34 

C H A P. IV. Des maladies des Gencives , 
des Alvéolés. " 41 

Ch AP. V. Soins "que Von peut apporter 
foi même aux Dents gâtées tant pour les 
conferver , que pour en éviter la mau- 
vaife odeur y' téf pour avoir la bouéhe 
propre. 47 

C H A P. VI. Remarques fur les douleurs 
des 












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cjk ifrut /,*(wuAK« ^-v 4^4«7 i> ^ cifcK-'iy 

UK >Ktf})Ku oio)^ it yane vjhkf. 

XU' ^nn* ^n^çtîv ^ */a<o*^ t/6Ù»>,jQ.c.ttHffi; Jî J^in^ 

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iako^K Ci^ X ^u<«K»f^ l/uiftn» 

CAh >U4l dKiiV « Xf A’ tVv i^oUtyk ^ 

iXf< fv\(tV. «M\V*4*^WK<i/Ai:i^HA'<i»OAMÀ4vX^#4«v/v«4î. 
jfoivXnO ’v\H«w» 4 lOPtXW <W X (tJyjtt 

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